En pilonnant un îlot occupé par des civils et des troupes sud-coréennes – mais revendiqué par Pyongyang –, l’armée de Kim Jong-il a voulu rappeler une simple vérité et faire passer un message qui ne peut plus être ignoré. La vérité, d’abord: les deux Corées sont toujours techniquement en guerre – seul un armistice lie les deux pays depuis cinquante-sept ans – et les Etats-Unis lui refusent une paix en bonne et due forme. Le message ensuite: Pyongyang veut une reprise des pourparlers à six pour une dénucléarisation de la péninsule.

La méthode peut sembler étrange – bombarder son partenaire pour l’amener à négocier – mais c’est la seule qui fonctionne. C’est bien le drame de la Corée du Nord, un régime qualifié de voyou, mais pas suffisamment pour qu’on le prenne vraiment au sérieux. Ainsi, chaque fois que Kim Jong-il veut revenir à la table des négociations sur pied d’égalité, il est forcé de jouer la carte de la surenchère. Par le passé, il y a eu des tirs de missiles, un essai nucléaire (plutonium) ou le torpillage d’un navire sud-coréen. Cette fois-ci, Pyongyang a dévoilé un second programme nucléaire, à l’uranium, et bombardé non plus des navires mais des bases terrestres de son ennemi du sud. Voici des semaines que les Nord-Coréens disent et font dire par leur unique allié chinois qu’ils veulent discuter. L’offre a été accueillie par le silence américain et un discours musclé de Séoul, qui exige un premier geste du Nord comme preuve de bonne foi. Faudra-t-il à nouveau céder au chantage du dernier régime totalitaire de la planète? Sans doute, car la prochaine étape pourrait bien être le test d’une bombe à l’uranium. Et comme personne ne veut d’un changement brutal de régime en Corée du Nord, il n’y a pas d’alternative à la négociation. Tout n’est pas figé toutefois. En présentant un programme d’uranium enrichi (qualifié de civil) à un scientifique américain, Pyong­yang reconnaît avoir menti durant des années et confirme plus que jamais son statut de principal pays proliférateur. Désormais, toutes les cartes sont sur la table. C’est un progrès. La transition du pouvoir de Kim Jong-il à son fils Kim Jong-un est par ailleurs bien engagée, autre condition sine qua non pour permettre la reprise d’un dialogue. L’heure semble donc venue de retourner à la table des négociations pour régler le dernier conflit hérité de la Guerre froide. Sans quoi les risques de dérapages sont bien réels, dans une des régions les plus dangereuses de la planète.

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