nouvelles frontières

Le bonheur mesuré par l’ONU

Un nouveau rapport sur le bonheur mondial place la Suisse en tête des peuples heureux. Comment l’expliquer?

Nouvelles frontières

L’équation du bonheur (suisse)

Il n’existe pas encore une équation du bonheur. Mais l’ONU y travaille. La recette? Ses principaux paramètres sont le revenu, la santé, l’encadrement social, la liberté de choix, la générosité et la confiance. Ils sont pondérés par les expériences positives (rire, joie, sécurité, repos et engagement) ou négatives (colère, inquiétude, tristesse, dépression, stress et douleur) et bien d’autres facteurs tout aussi subjectifs. Pas si simple à mesurer.

Il fallait donc des économistes, des spécialistes des neurosciences et des statisticiens issus de prestigieuses universités anglo-saxonnes pour s’y retrouver et produire au final un indice du bonheur mondial. Leur dernier rapport, publié cette semaine, livre un verdict flatteur: la Suisse est la plus douée pour le bonheur. Elle devance l’Islande, le Danemark, la Norvège et le Canada (la France est au 29e rang). Les deux précédentes publications avaient livré un résultat à peu près similaire mais dans un ordre différent. Les pays les moins heureux sont le Togo, le Burundi, la Syrie, le Bénin et le Rwanda. Ces deux dernières années, la Grèce et l’Egypte ont connu la chute la plus spectaculaire alors que le Nicaragua, le Zimbabwe et l’Equateur progressaient le plus.

Sur le site de la BBC, plusieurs internautes ironisaient: comment un pays aussi ennuyeux peut-il prétendre au titre de champion du bonheur? Est-ce d’ailleurs bien sérieux de vouloir quantifier un sentiment aussi diffus, personnel et relatif? Certainement, répond l’ONU, formidable machine à produire des normes. Le Rapport 2015 sur le bonheur mondial servira de guide à la prochaine conférence, l’automne prochain, sur le développement durable, dont l’objectif est de trouver un meilleur équilibre entre croissance économique, protection de l’environnement et intégration sociale du plus grand nombre. Le bien-être s’y ajoute.

A y regarder de plus près, on ne peut s’empêcher de penser qu’il y a un biais. Sur la carte mondiale du bonheur, les continents américain, européen et l’Océanie apparaissent globalement comme les plus heureux. L’Afrique, à l’inverse, se détache comme le continent du malheur.

Cette cartographie recoupe par ailleurs en grande partie celle du PIB, mesure à laquelle on voulait justement échapper pour juger de l’avancement d’un pays. La notion de bonheur elle-même est discutable. Certains, en Asie par exemple, y voient un concept occidental associé à l’individualisme et à la modernité, opposé à la quête de l’harmonie qui est par essence collective.

Pas si sûr. Les auteurs du rapport insistent sur la dimension sociale, familiale, voire communautaire de leur démarche qu’ils distinguent justement de l’approche économique classique. L’idée même d’un indice du bonheur est née en Asie, au Bhoutan, en 1972, lorsque le royaume himalayen crée un indice du «bonheur national brut» qui se substitue au produit national brut pour mesurer les progrès du pays en tenant compte des spécificités de la culture bouddhiste. C’est à son initiative que l’Assemblée générale de l’ONU a voté, en 2011, une résolution appelant tous les Etats membres à mesurer le degré de bonheur de leur peuple.

Toujours plus de pays affichent la quête du bonheur comme mesure du progrès social et comme un but des politiques publiques. En Suisse, comme dans tous les pays du haut du tableau, c’est la santé économique et la santé tout court qui restent les principaux facteurs du bonheur.

La notion de bonheur elle-même est discutable. Certains y voient un concept occidental associé à l’individualisme et à la modernité

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