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Une mère avec ses petits à Rolle (VD), le 3 juin 2006: caustiques, ces oiseaux? Le parlement décidera.
© SALVATORE DI NOLFI

Révolution de palais 

Le bonheur est dans le pré, mais le cygne rôde

La semaine prochaine, le Conseil national traitera d’une question cruciale: la fiente de cygne est-elle caustique?

«Tout le monde s’en fiche.» Lundi dernier, dans un hôtel bernois, j’interroge un haut fonctionnaire: pourquoi le parlement ne s’occupe-il pas de la révolution industrielle en cours? Réponse limpide: les élus s’en moquent. Le numérique est trop complexe, trop lointain. La révolution attendra.

D’ailleurs, on a d’autres priorités. La semaine prochaine, par exemple, nous traitons d’une question cruciale: la fiente de cygne est-elle caustique? Une certaine Katharina m’a écrit jeudi. Elle préside le lobby des animaux, et en appelle à ma responsabilité citoyenne. Les déjections de cygnes sont à l’ordre du jour le 2 mars au Conseil national, quelques minutes avant d’aborder la libéralisation du lama pour protéger les moutons des loups. Je n’invente rien, je lis le programme.

«Ils sont dangereux»

Mais revenons à nos… cygnes. Sont-ils devenus un problème en Suisse? Un élu l’affirme. «Une fois que l’herbe est souillée, le bétail ne la mange plus», dit mon collègue. Trop de cygne tue le bœuf, en somme. Il demande donc qu’on «régule la population» des cygnes. Katharina appelle ça une «politique d’éradication et de décimation des espèces». Ni plus ni moins. C’est chaud. Je vais tenter un compromis: on pourrait les expulser, comme d’autres criminels. Car non seulement ils souillent nos prés, mais, d’après la motion, ils envahissent «les espaces de détente à proximité du milieu bâti» et «mettent en péril les promeneurs, les cyclistes et les enfants». Ils sont dangereux, c’est écrit dans le texte. Expulsons-les. Autre piste: demandons aux lamas de protéger nos enfants dans le pré, quand ils ont fini avec les loups à l’alpage.

«Ils sont innocents»

Mais ne soyons pas caustiques. L’affaire est grave. Dans sa lettre, Katharina invoque la «dignité des animaux, protégée par le Constitution». Elle affirme leur «droit de se nourrir» dans le pré, et d’y faire ce qu’ils veulent au nom d’une «directive européenne». Car, sur le fond de l’accusation, ils sont innocents. Katharina révèle que «les déjections de cygne sont composées de cellulose». D’ailleurs, les poissons en raffolent. De quoi se plaignent les vaches? Sur sa lancée, Katharina me demande ainsi de «stopper cette folie à vouloir exterminer le monde animal». Avant de conclure: «Il est de notre obligation morale et éthique de protéger la vie.»

À cet instant, je fus pris d’un vertige. Ma mission est trop lourde. J’ai besoin d’une pause. Une balade dans le pré. Une balade prudente, le cygne rôde. La révolution attendra.

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