Editorial

Les bonnes fées du Kosovo

EDITORIAL. Le Kosovo fête ses 10 ans. Né de la guerre et de la violence, ce petit Etat a été, d’entrée, le jouet de considérations qui le dépassaient

Une décennie n’y a rien pu. Le Kosovo, qui souffle ce samedi ses dix premières bougies, reste, selon la formule consacrée, un «Etat en construction». Il faudrait plutôt parler d’un Etat entravé, à beaucoup d’égards démoralisé, en quasi-faillite économique, et qui de surcroît a été malchanceux. Cela fait beaucoup de tares pour si peu d’années. Et de fait, le Kosovo est aujourd’hui bien davantage un échec occidental que le «miracle» auquel, fugacement il est vrai, certains voulaient croire lors de son accession à l’indépendance.

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Né de la guerre et de la violence, ce petit Etat a été, d’entrée, le jouet de considérations qui le dépassaient. Washington l’a pris sous son aile pour des raisons avant tout idéologiques: il fallait faire pièce à la Russie. Les Européens l’ont administré pour tenter de laver leur propre infamie: ils devaient se racheter de leur lâcheté à l’heure de voir brûler la Bosnie. Même la Suisse, qui fut l’un des premiers Etats à reconnaître le Kosovo et reste l’un de ses principaux soutiens, mettait en avant à l’époque un mélange de romantisme et de pragmatisme plutôt que des principes purs et durs. Il fallait un Kosovo «stable et prospère» qui… convaincrait les réfugiés kosovars de rentrer chez eux.

Ces calculs dans la tête des bonnes fées qui ont entouré le berceau kosovar ont pesé sur son destin et continuent de hanter le jeune pays. Comme des parents trop permissifs, on lui a tout concédé, au point de faire confiance à ses anciens chefs de guerre pour qu’ils en fassent, par miracle, un modèle de démocratie et de modernité. Comme des parents trop envahissants, on l’a longtemps protégé dans un protectorat mal défini, sans contraintes et sans objectifs clairs, qui l’a empêché de grandir. Comme des parents trop occupés, on a eu enfin recours à une sorte de baby-sitter paradoxale, qui a fini de l’infantiliser: il s’agit de la Serbie à qui, faute de mieux, on a accordé le monopole pour parler au nom de la minorité serbe du Kosovo, ce qui enterre pratiquement tout espoir de cohabitation harmonieuse entre les communautés.

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Aujourd’hui, devant tant de maladresses, le Kosovo continue de se vider de sa jeunesse et voit sérieusement vaciller ses illusions. S’il a obtenu sa reconnaissance en un clin d’œil, il est arrivé trop tard sur la liste des candidats à une Union européenne qui se sent déjà trop élargie et qui lui a verrouillé ses frontières. Le jeune Kosovo devra sans doute attendre longtemps. Et pour longtemps encore, il pourra rêver davantage à un rattachement à la mère patrie albanaise qu’à une intégration de plain-pied parmi ses géniteurs européens.

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