Toutes les précautions d’usage, bien sûr, sont de mise: en elle seule, la chute annoncée du régime Kadhafi ne garantit pas à la Libye nouvelle des lendemains harmonieux. Pour aussi fondamentale qu’elle soit, la victoire militaire n’est qu’une première étape. La seconde, qui passe par l’établissement de la paix et la démocratisation, s’annonce aussi lourde d’enjeux et de périls.

Néanmoins, le déboulonnage du doyen des chefs d’Etat africains, le «Guide» aussi fantasque que sanguinaire de feu la Grande Jamahiriya, est porteur d’excellentes nouvelles. La première a tout lieu de réjouir les tenants de la «responsabilité de protéger». Oui, la diligence sans précédent du Conseil de sécurité de l’ONU, qui autorisait le 17 mars ses Etats membres à prendre «toutes les mesures nécessaires» pour éviter que les civils soulevés ne soient anéantis sous le feu kadafhiste, a payé. Benghazi a été sauvée à temps et, à ce titre, la communauté internationale n’aura pas à se ronger éternellement d’avoir laissé se dérouler, sous ses yeux alors que tout l’annonçait, un nouveau Srebrenica.

Deuxième bonne nouvelle: en dépit de doutes tenaces, la coopération entre l’alliance menée par l’OTAN, dont on avait décrié la précipitation, et le Conseil national de transition, que l’on jugeait de bric et de broc, a finalement fonctionné. La stratégie coordonnée, affûtée sur le plan militaire, a su ménager suffisamment de place aux négociations de coulisses pour que les défections internes au régime précipitent son effondrement et circonscrivent le risque d’une effusion de sang.

Troisième bonne nouvelle: non, le «printemps arabe» n’a pas rendu son dernier souffle le 11 février dernier, lorsque l’Egyptien Moubarak a été emporté par la contestation populaire, trois semaines après le Tunisien Ben Ali. Il aura fallu six mois de courage et de persévérance pour que la vague révolutionnaire balaie un troisième tyran, convaincu lui aussi comme ses prédécesseurs en déchéance, de sa toute-puissance éternelle.

Quatrième bonne nouvelle, à quelque 2000 km de Tripoli, à Damas, un autre despote aux mains couvertes de sang ne dort sans doute plus que d’un sommeil agité. Bachar el-Assad figure haut sur la liste des autocrates en péril, il ne peut plus l’ignorer. En interne, les valeureux contestataires du régime alaouite ne pourront que puiser dans la débâcle de Kadhafi un supplément de détermination. En externe, ce mardi, le Conseil des droits de l’homme de l’ONU condamnera à nouveau haut et fort les exactions du Syrien et ordonnera la mise sur pied d’une commission d’enquête indépendante. Et l’éventualité d’une saisine de la Cour pénale internationale par le Conseil de sécurité gagne chaque jour en plausibilité. L’étreinte de la communauté internationale se resserre sur Damas. Elle se fera d’autant plus pressante que le front libyen est dégagé.