Alors qu'il y a deux jours, relaie Courrier international, Vladimir Poutine «a mis très fermement en garde les puissances occidentales contre toute tentative» d’ingérence «dans le conflit sur le territoire ukrainien» en promettant une «riposte foudroyante» avec «des conséquences que vous n’avez jamais encore subies dans toute votre histoire», Kiev a été la cible de frappes jeudi soir, en pleine visite du secrétaire général de l’ONU, rapporte l'Agence France-Presse. Antonio Guterres «est en sécurité» mais «choqué», a déclaré un porte-parole, tandis que le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a estimé que ces bombardements visaient à «humilier l’ONU»:

Le maire de la capitale, Vitali Klitschko, a confirmé «deux frappes» sur le quartier de Chevchenkovsky et le ministre ukrainien des Affaires étrangères dénoncé «un acte odieux de barbarie». «C’est la preuve que nous avons besoin d’une victoire rapide sur la Russie et que tout le monde civilisé doit s’unir autour de l’Ukraine. Nous devons agir rapidement. Plus d’armes, plus d’efforts humanitaires, plus d’aide», a déclaré de son côté le chef de l’administration présidentielle, Andriï Iermak, lit-on dans le suivi en continu de Libération.

C’est un «acte de défiance menaçant» qui a provoqué «la sidération de la communauté internationale», renchérit le Guardian, d'autant que Moscou avait cessé de viser la capitale ukrainienne depuis la mi-avril, pour concentrer ses forces dans l'est du pays. «Selon les services de secours, au moins 10 personnes ont été blessées dans les attaques.»

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«Au moins deux missiles ont frappé la zone, l’un touchant un immeuble et l’autre tombant sur une usine de l’autre côté de la rue», a déclaré au New York Times l’ancien député ukrainien Yuriy Levchenko, présent sur les lieux: «Ils essaient de dégrader au maximum notre capacité industrielle et en même temps de terroriser la population. Cela arrive presque tous les jours quelque part en Ukraine.» Courrier international cite encore la Deutsche Welle pour rappeler qu'«au cours d’une rencontre l’avant-veille à Moscou avec Vladimir Poutine, Antonio Guterres avait demandé à Moscou de collaborer avec l’ONU pour permettre l’évacuation des civils des zones bombardées. Il y a encore peu de temps, Guterres était assis au Kremlin et maintenant, il y a des explosions au-dessus de sa tête»:

«Bons baisers de Moscou», donc? «Est-ce une salutation?» a en effet ironisé jeudi soir le conseiller du président ukrainien Volodymyr Zelensky, Mikhail Podoliak. En tout cas, «cela en dit long sur la véritable attitude de la Russie envers les institutions internationales, sur les efforts des dirigeants russes pour humilier l’ONU et tout ce que l’organisation représente», a commenté le chef d’Etat ukrainien dans une vidéo, alors que les Nations unies ont longtemps hésité à faire le déplacement de Kiev avant cette visite.

Car «peu enclin à prendre des risques, Antonio Guterres avait dans un premier temps évité de se rendre en Ukraine pour y mener des efforts diplomatiques, malgré les pressions occidentales», remarque le magazine américain Foreign Policy. Cette semaine, c'était l'occasion «de remodeler son secrétariat général défini par la prudence, dans un contexte de tension croissante entre les nations les plus puissantes à l’ONU, en particulier les Etats-Unis, la Chine et la Russie.» Cette mission représente «un cas rare où le chef de l’ONU se lance dans un conflit brûlant alors même qu’il estime que ses chances de succès sont faibles».

Pour Fredy Gsteiger, correspondant diplomatique de la Radio-Télévision suisse alémanique, ce bombardement constitue «bien sûr une provocation. L’ONU et son patron suprême, Antonio Guterres, sont pointés du doigt. [...] Il était déjà frappant mardi, alors que celui-ci se trouvait à Moscou avec le ministre des Affaires étrangères Lavrov et le président Poutine, que la Russie n’ait pas suspendu les combats en Ukraine par un geste de bonne volonté. Il les a même intensifiés ce jour-là. Ce faisant, il a signalé que Moscou n’était pas intéressé par une médiation de l’ONU dans ce conflit qui serait basée sur les principes de la Charte des Nations unies et restaurerait la pleine souveraineté de l’Ukraine.

Mais quel était plus précisément l'objectif de Moscou? «Il est bien évident que Poutine ne voulait pas atteindre une cible militaire. L’attaque a visé un quartier résidentiel non loin de l’hôtel où se trouvait la délégation de Guterres. Il s’agit donc d’objectifs politiques. L’un d’eux est l’intimidation. C’est un signal que la capitale n’est pas en sécurité, même après le retrait des troupes russes. En même temps, Moscou exprime son mécontentement face à ce que Guterres a d’abord dit à Moscou et ensuite aussi à Kiev: que la Russie viole le droit international, la Charte des Nations Unies, et que les auteurs relèvent de la justice internationale – y compris leurs cerveaux. [...] Une déclaration faite par Guterres lors de sa visite a été particulièrement remarquée», poursuit Gsteiger:

Cette guerre ne se terminera pas à cause de réunions politiques au plus haut niveau. Cette guerre ne prendra fin que lorsque les dirigeants russes décideront d’y mettre fin

«Ce faisant, il confie clairement la responsabilité de trouver une solution à Moscou.» Mais cette attaque relève surtout d'«une stratégie intransigeante, impitoyable. On ne cède pas après des difficultés dans ces opérations, mais on intensifie la procédure. Cela coïncide également avec les déclarations faites par les dirigeants militaires russes cette semaine. À l’avenir, les attaques contre l’Ukraine, en particulier contre Kiev, ne prendront plus en compte la présence d’hommes politiques occidentaux. C’est une menace, qui vise à épuiser l’adversaire, mais aura probablement pour effet de renforcer l’esprit de résilience. Et, surtout, la volonté de soutenir encore plus l’Ukraine à l’étranger.»

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Et pendant ce temps, les dernières nouvelles disent qu'une «opération» d’évacuation des civils terrés dans l’usine d’Azovstal assiégée par les troupes russes à Marioupol, dans le sud-est de l’Ukraine, est «envisagée» pour aujourd'hui vendredi, a annoncé la présidence ukrainienne. Des centaines de militaires et de civils ukrainiens dont des dizaines d’enfants sont bloqués, selon Kiev, dans cette immense aciérie avec les derniers combattants ukrainiens de la ville, presque entièrement détruite et contrôlée par les forces russes après des semaines de siège. Le secrétaire général de l’ONU avait assuré de son côté que l’organisation faisait «tout son possible» pour évacuer les civils coincés dans «l’apocalypse  de Marioupol», qui comptait un demi-million de personnes avant l’invasion russe lancée à la fin de février.

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