A nos lecteurs

Fathi Derder parti sous les cieux de L'Agefi, Rebecca Ruiz, dès le 9 mai, et Philippe Nantermod tiennent désormais une nouvelle chronique parlementaire à deux voix. Comment la socialiste vaudoise et libéral-radical valaisan envisagent-ils la vie politique depuis la Berne fédérale? C'est le sujet de cette nouvelle «Conférence de conciliation», chaque lundi. Un chaleureux merci à notre ancien chroniqueur et bienvenue à nos deux nouveaux.


Johann Schneider-Ammann a qualifié de «bêtise» les bonus qu’entendait distribuer Credit Suisse à ses dirigeants malgré des résultats pour le moins médiocres. Je partage tant son opinion que les mots choisis. Immédiatement, la question de l’intervention politique me fut posée: qui agira pour interdire de telles pratiques et mettre un terme à ces bonus indécents?

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Il y a quantité de comportements que je juge irrationnels ou de mauvais goût, mais il ne me vient pourtant pas à l’esprit de vouloir les interdire pour autant. Le monde politique, mais pas seulement, souffre du désagréable défaut de mélanger légalité et légitimité. Si, par le jeu majoritaire et démocratique, on peut s’appuyer sur la loi pour interdire à des actionnaires de gaspiller leur propre argent en le distribuant à des managers incompétents, est-on pour autant légitimé à le faire

Prenez les tatouages. Ce n’est pas mon truc. Je n’ai jamais compris l’intérêt de s’injecter de l’encre dans la peau pour un résultat esthétiquement douteux, par un processus douloureux, et, qui sait, dont on déduira peut-être un jour des dangers pour la santé. Je me retiens pourtant d’en proposer l’interdiction. Tout ce qui me déplaît ne mérite pas d’être banni, régulé, taxé, et cela même si la moitié du parlement en est convaincue.

La question de la légitimité

Si cette illustration vous paraît incongrue, rappelez-vous que, dès lors qu’ils réunissent une majorité, les élus s’estiment légitimés à imposer à des individus des interdictions ou des comportements qui, dans le fond, ne regardent qu’eux-mêmes.

Au nom de quelle légitimité, la majorité peut-elle décider du véhicule dans lequel je peux voyager, du lit dans lequel je dors, de la télévision à laquelle je dois m’abonner ou des personnes avec lesquelles jouer au poker? Est-il légitime d’interdire le burkini dans l’espace public, de fumer dans sa propre voiture, de manger des OGM, tous ces choix qui n’ont de conséquences que sur ceux qui les font.

Protection des faibles et intérêts nébuleux

C’est au nom de la protection des plus faibles, dit-on, qu’il faut dicter aux gens leur comportement. Ou d’un intérêt public assez nébuleux, que l’on vous sert à toutes les sauces.

Dans un monde où les citoyens, toujours mieux formés, sont autonomes, responsables et capables du discernement nécessaire à juger de ce qui est le mieux pour eux, la liberté peut devenir illégale. Elle ne sera jamais illégitime.

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