Carla Hilber Del Pozzo

Le boom des fondations philanthropiques suisses

Les institutions philanthropiques connaissent une croissance réjouissante. C’est ce que montre le rapport 2011 sur les fondations en Suisse, publié par l’Université de Zurich et SwissFoundations. Dans notre pays, un secteur florissant, en lien direct avec la conjoncture. Notre chroniqueuse en philanthropie se penche sur ce phénomène, mettant l’accent sur les enjeux en termes de concurrence

Fin 2010, 12 531 fondations d’utilité publique étaient enregistrées en Suisse, réunissant près de CHF 50 milliards de capital, dont un ou deux ont été distribués (soit près de 2% du budget de la Confédération pour l’exercice 2010). Mieux encore, 508 ont vu le jour dans le courant de l’année dernière soit plus d’une fondation par jour. En comparant le rythme de création de nouvelles fondations et l’évolution de l’indice SMI, l’étude met l’accent sur l’interdépendance entre les deux paramètres. Ainsi, après un important fléchissement en 2009 (près de 300 fondations créées), les niveaux de 2007 et 2008 sont rattrapés. La bulle des dotcoms avait eu le même impact en 2001-2002 (près de 400 fondations créées). Au niveau européen, la Suisse caracole en tête tant en densité de fondations par habitant qu’en termes de capital investi dans ces structures.

En chiffres absolus, Zurich se place en tête avec 2153 fondations, suivi de Vaud, Berne, Genève et Bâle-Ville. Sur l’ensemble des fondations d’utilité publique créées depuis dix ans, deux tiers ont été établies en Suisse romande, la palme revenant au Canton de Genève. Parfois qualifiée de paradis des fondations, la Suisse jouit notamment d’un cadre juridique libéral qui offre une large autonomie au fondateur. Permettant à celui-ci d’exercer des activités philanthropiques dans tout domaine où l’Etat intervient peu.

La forte croissance du nombre de fondations est une nouvelle positive au regard des besoins qui semblent eux aussi augmenter. Il suffit pour s’en convaincre de se rendre sur l’un des nombreux sites qui permettent de faire son choix parmi les causes à soutenir. Par exemple celui de globalgiving: les menus déroulants s’allongent d’année en année. Reste à espérer que l’augmentation du nombre d’intervenants saura apporter plus de solutions. Quant aux initiatives entreprises pour une plus grande coordination entre fondations, elles sont indispensables: pour éviter la dispersion des efforts. Ainsi, accéder à une information qui favorise les comparaisons et permet de savoir qui agit dans quel domaine devient crucial. On s’évite ainsi de réinventer la roue. Cela permettrait, par exemple, de se rallier à une structure existante ou, au contraire, de s’orienter vers un besoin non encore couvert.

L’essor des fondations m’interpelle en particulier sur deux plans: la gouvernance et la recherche de fonds.

Une fondation est régie par un conseil de fondation d’au moins trois personnes non rémunérées, secondé par un comité. Dans un canton de 464 000 habitants, dans un pays de 7 900 000 habitants, la concurrence fera bientôt rage pour capter ces personnes clés, à la fois qualifiées, engagées et disponibles. A cet égard, dans combien de conseils ou comités peut-on siéger tout en restant efficace? Dans ma pratique professionnelle, je suis de plus en plus souvent interpellée pour des questions de cet ordre. Je soutiens que le renforcement des organes est un argument d’attractivité au même titre que l’adhésion au but poursuivi, voire le prestige.

Enfin, toute fondation n’étant pas dotée d’un capital important, nombre d’entre elles pratique la recherche de fonds pour financer leur action. Là aussi, la concurrence s’accroît de jour en jour avec la nécessité de se positionner, de se démarquer. Habituées à fidéliser et développer leur base de donateurs, les organisations sont de plus en plus souvent confrontées à une pression accrue vers un renouveau. Et cela fait appel à un savoir-faire spécifique.

Pour ma part, je vois dans la saine concurrence induite par le boom, l’opportunité de faire évoluer les pratiques, de prendre des initiatives hors de la zone de confort, contribuant ainsi à l’avancement de la philanthropie. Verra-t-on un jour une professionnalisation accrue des organes? Des fusions entre fondations? C’est dire si l’évolution du secteur est intéressante à observer!

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