Le destin de l'Ukraine se joue en partie à Genève, lors de négociations entre Russes et Américains lundi 10 janvier. A cette occasion, Le Temps a réuni plusieurs point de vue sur ce pays dont le devenir est au cœur de tensions géopolitiques d'une extrême intensité. 

Il ne suffit pas d’être officiellement unis pour peser dans la balance stratégique mondiale de 2022. Cette phrase, les 27 pays membres de l’Union européenne pourront la méditer ce lundi, alors que les négociateurs américains et russes discuteront à Genève du sort de l’Ukraine, des futures relations de ce pays avec l’OTAN, et plus généralement des exigences stratégiques posées par la Russie pour en finir avec sa surenchère militaire à la frontière de son voisin.

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Quels que soient les efforts déployés par l’administration Biden pour assurer aux Européens que rien ne sera conclu dans leur dos, la réalité diplomatique dit en effet le rapport de force: Vladimir Poutine considère que seul le locataire de la Maison-Blanche peut lui apporter les garanties qu’il réclame. Tandis que les Américains, en avertissant de nouveau Moscou ce dimanche d’un risque de «confrontation», confirment qu’ils se considèrent toujours comme les ultimes garants de la sécurité sur le Vieux-Continent.

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Cette équation n’a rien de surprenant. Aussi volontariste soit-elle en matière de défense et de conquête de sa «souveraineté» en ce début de 2022, l’Union européenne n’est toujours pas en mesure d’offrir une alternative militaire à l’OTAN, cette alliance commandée par les Etats-Unis depuis sa création en 1949. Plus grave: la diplomatie de l’UE est prise, dans le cas de l’Ukraine, au piège de sa géographie et de ses valeurs démocratiques. Comment signifier à ce pays dont une partie de la population travaille dans les pays européens que son statut restera éternellement celui d’un partenaire dont l’avenir dépend de Moscou? Et comment faire accepter ce possible «gel ukrainien» à des pays comme les Etats baltes ou la Pologne, convaincus que la «zone tampon» voulue par Vladimir Poutine entre la Russie et l’OTAN sera, en fait, une rampe de lancement pour des opérations de déstabilisation futures à leur encontre?

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L’Union européenne, qui rechigne toujours à se penser comme une alliance également militaire doit, dans ce contexte, tirer les leçons de cette impuissance. D’abord, en exigeant d’urgence un dialogue bilatéral avec Moscou, comme l’ont proposé l’an dernier la France et l’Allemagne. Ensuite, en obtenant des Etats-Unis, son allié naturel, d’être désormais partie prenante en amont des prochaines discussions. Enfin, en acceptant de définir pour de bon, à 27, le futur périmètre de son élargissement. Et donc, des futures frontières que tous ses pays membres seront prêts à défendre.