Le premier ministre britannique Boris Johnson entame ce mercredi sa deuxième journée aux soins intensifs, où il se bat contre le coronavirus, qui a contaminé plus de 55 000 personnes dans son pays et fait près de 6200 morts parmi ses compatriotes, indique tôt ce matin l’Agence France-Presse. «Il a continué à travailler pour vous… Maintenant priez pour lui», se lamente ainsi en une le tabloïd The Sun dans son édition de mercredi.

«La nouvelle a fait frémir le gouvernement», avait écrit le Financial Times, mais le Daily Express assure quant à lui que «Boris s’en sortira» et illustre sa première page d’une photo montrant une équipe de soignants portant l’équipement de protection contre le coronavirus et souhaitant au porteur du Brexit encore à réaliser: «Rétablis-toi vite, Boris.»

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Le chef de la diplomatie britannique, Dominic Raab, désigné pour remplacer «BoJo», a admis avoir été choqué après avoir appris l’hospitalisation du dirigeant de 55 ans. «Ce n’est pas seulement notre patron, c’est aussi un collègue et un ami», a-t-il souligné lors d’une conférence de presse. Mais «c’est un battant» qui «s’en tirera».

Dominic Raab se retrouve ainsi «jeté dans le grand bain», «premier ministre intérimaire malgré lui», et la presse lue par Courrier international «se demande s’il a les épaules pour cela». Il «avait l’air un peu sous le choc, et on le comprend». Dans ce contexte, la Grande-Bretagne ne dispose pas d’un système de succession clair en cas de vacance du pouvoir.

Ce lundi, le chef du Foreign Office a donc pris la parole. «Pour tenter de rassurer»: «L’esprit d’équipe est incroyablement fort derrière le premier ministre», a-t-il martelé, rapporte le Times de Londres. Mais il l’a fait «d’une voix blanche», comme terrorisé devant la tâche et l’angoisse de perdre son mentor politique.

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Admis dimanche au St Thomas' Hospital de Londres, Boris Johnson «reçoit un traitement standard à l’oxygène et respire sans aucune assistance. Il n’a pas eu besoin de ventilation mécanique ou d’aide respiratoire invasive», explique son porte-parole. Lundi encore, il se disait «de bonne humeur» («in good spirits»), dans un message sur Twitter:

Il avait pourtant révélé le jeudi 27 mars – une dizaine de jours auparavant, donc – être atteint du Covid-19, rappelle le Daily Telegraph. «Personne ne s’était vraiment trop inquiété […], et encore moins Johnson lui-même», qui, depuis lors, avait «essayé de minimiser sa maladie avec son optimisme habituel». A vouloir marcher dans les pas de Churchill, il «s’est cassé les dents», commente La Stampa. «Il y a quelques années, il avait publié un ouvrage intitulé Le Facteur Churchill, dans lequel il rappelait la période de la Seconde Guerre mondiale.»

Il y évoquait avec jalousie comment celui-ci avait su unir le pays et le conduire à la victoire grâce à d’immenses sacrifices

Selon le quotidien de Turin, «Johnson pense vraiment être l’héritier de cet état d’esprit, auquel il renoue dans ses discours sur le Brexit […]. Est ensuite venu le coronavirus, la plus grande menace pour le bien-être et la paix dans le pays depuis la fin de la guerre. Qu’aurait donc fait Churchill? C’est probablement la question que Boris Johnson s’est posée. Dès le début, il a essayé de l’imiter. Or il a sous-estimé et ridiculisé un ennemi que la rhétorique des discours laisse de marbre.»

Pour le quotidien conservateur, il ne semble en effet «pas s’être reposé» comme il aurait dû le faire, «en essayant de faire face […] à la crise […], tout en luttant en même temps lui-même contre le virus». Et les médias ont condamné «la négligence de sa politique sanitaire», qui mettait «en péril sa propre personne, mais aussi son pays», écrit le site Europics.net.

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Boris Johnson et le prince Albert II de Monaco, qui se porte bien selon la Principauté, sont à ce jour les seuls chefs d’Etat ou de gouvernement à avoir été contaminés. Le premier des deux est quant à lui dans un état «stable» et «il garde le moral», assure son porte-parole. Il va sans dire que le Times comme – Courrier int' en est sûr – ses lecteurs «lui souhaitent un rétablissement rapide et total. Cette période est extraordinairement angoissante pour sa famille, ses collègues et pour le pays.»

Il était cependant évident, «quand le premier ministre est apparu pour applaudir le personnel du National Health Service, le service de santé publique, jeudi dernier et dans la vidéo qu’il a postée le lendemain depuis son appartement où il était confiné, qu’il n’allait vraiment pas bien. D’après des témoins, il toussait et crachotait pendant les réunions.»

Les autorités britanniques estiment que le pays connaîtra le pic de la pandémie dans les prochains jours. Il reviendra ainsi à Dominic Raab la responsabilité de prendre une éventuelle décision de prolongation du confinement, aux conséquences sociales économiques et sociales particulièrement douloureuses en cette période de négociations à l’arrêt sur les modalités du Brexit avec Bruxelles.

Le Royaume-Uni a recensé mardi plus de 786 décès en vingt-quatre heures, c’est un nouveau record pour le pays. Raab a déclaré lors du point presse quotidien du gouvernement que «les mesures actuelles commencent à fonctionner», mais qu’un changement d’orientation serait encore prématuré tant que le pays n’a pas encore atteint le pic, selon la BBC.

Ce, en partie parce que «BoJo» avait «d’abord sous-estimé l’épidémie, refusé de prendre les mesures à temps et privilégié la théorie très controversée de l’immunité collective», rappelle le portail web grec Protagon.gr. C’est aussi lui «qui avait annoncé aux Britanniques, non sans une bonne dose de cynisme, qu’il leur fallait être prêts à perdre ceux qu’ils aimaient». Mais «après le discours revigorant de la reine, le Royaume-Uni se trouve au cœur d’une crise sanitaire sans précédent et à l’aube d’un autre séisme politique, car jamais dans l’histoire moderne un premier ministre britannique ne s’était retrouvé dans une telle position de faiblesse».

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Ce qui révèle une tare «structurelle du système politique britannique», analyse RTE News, en Irlande: «La prise de décisions incombe collectivement au Conseil des ministres, au sein duquel le premier ministre est «premier parmi ses pairs», un peu comme en Suisse. «En théorie donc, les autres ministres devraient pouvoir prendre le relais.» Mais dans les faits, cela se passe tout autrement, comme le montre aussi la revue de presse du Soir de Bruxelles. Une seule certitude, à ce stade: «La fonction de premier ministre a acquis au fil des siècles une teneur politique très importante.»

Faute de vice-président ou de remplaçant, le système politique va devoir improviser et espérer que le chef du gouvernement se remette vite

Heureusement pour le système, et tant pis pour les opposants à l’ancien maire de Londres qui se terrent dans un silence pudique, Boris Johnson ne souffre pas d’autre pathologie, mais gère des problèmes de surpoids. La reine Elisabeth II a transmis un message à sa fiancée, Carrie Symonds, enceinte, et à sa famille, lui souhaitant un rétablissement «total et rapide». N’empêche, la santé des dirigeants, en général, demeure un «tabou», comme le relève Le Vif, en Belgique, qui énumère les nombreux précédents, de Georges Pompidou à Hillary Clinton.

Très populaire après sa victoire aux législatives de décembre lorsqu’il s’est engagé à mettre en œuvre le divorce avec l’Union européenne, Boris Johnson a été ensuite vertement critiqué pour avoir tardé à adopter des mesures de confinement contre la pandémie. Il a aussi nargué le virus au début du mois de mars en se vantant d’avoir «serré la main à tout le monde», y compris de malades du Covid-19 lors d’une visite dans un hôpital. C’est ainsi que le portail web russe Ria Novosti décrit la situation:

Dans ces grandes nations, la faculté de ne rien laisser transparaître est bien plus développée que la faculté de prendre les bonnes décisions

Jusqu’à son hospitalisation dimanche, Boris Johnson s’est efforcé de continuer à diriger depuis son appartement de Downing Street, où il était en quarantaine. Depuis, aux soins intensifs, il a reçu des messages de soutien du monde entier, des vœux de Vladimir Poutine aux prières de Donald Trump, qui a sommé les «géniaux» géants pharmaceutiques américains de l’aider.

Courrier int' souligne encore que, au Royaume-Uni, l’ancienne première ministre Theresa May, qui l’a précédé à Downing Street, et l’ancien chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, ont tous deux déclaré que leurs pensées allaient vers lui. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, lui a également souhaité «un rétablissement rapide et complet».


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