Deux documents ont démontré cette semaine la résistance des institutions britannique et nord-américaine aux aventures politiques auxquelles elles sont confrontées. Le premier est le jugement de la Cour suprême du Royaume-Uni sur la légalité de la suspension du parlement décidée par le premier ministre Boris Johnson avec l’autorisation de la reine. D’une reine désinformée et trompée, estiment cependant les onze juges de la Cour. Le texte de leur sentence est un cantique à la continuité du parlementarisme anglais. Au long des siècles, disent-ils, la Cour a toujours surveillé la légalité des actes gouvernementaux.

«Depuis aussi longtemps qu’en 1611, elle a considéré que le roi (alors gouvernement) n’avait pas de prérogative hormis celles que la loi du pays lui accordait.» Quelle est la limite des prérogatives gouvernementales? Deux principes historiques intouchables appuient la réponse de la Cour: la souveraineté du parlement et la responsabilité du gouvernement à son égard. Si l’exécutif use de ses prérogatives selon son bon plaisir pour empêcher le parlement de faire la loi, il se rend coupable d’un abus de pouvoir. Idem s’il faillit à son devoir de responsabilité et crédibilité devant les Chambres, aspect central de la «démocratie westminstérienne».