C’est un sentiment horrible que d’avoir honte de son pays. Mais comment ne pas le ressentir face à la catastrophe nationale que représente la gestion de la crise du Covid-19 par Boris Johnson. Je connais Johnson depuis l’époque où nous étions tous deux journalistes, il y a de nombreuses années. Quelques années plus tard, alors que j’étais porte-parole de Tony Blair, Johnson se présentait à certains de mes points presse pour faire le clown et pour colporter des histoires sorties de son imagination, comme le projet de «Bruxelles» de légiférer sur une taille unique de préservatifs. C’est ce clown qui dirige maintenant notre pays. Un pays qui est devenu la risée de la communauté internationale.

La crise du Covid-19 a eu le mérite de démontrer à quel point il est incapable d’occuper un poste à responsabilité. D’abord dans le déni face au virus, il a ignoré l’avis des experts, se vantant ouvertement d’avoir serré la main de patients infectés. Il a poussé pour la poursuite des grands événements sportifs et échoué à fournir au personnel soignant les équipements et tests nécessaires. Quant à ses discours, leurs faux airs «churchilliens» n’ont fait qu’ajouter à la confusion. Johnson est un menteur, ce n’est pas nouveau. La crise a en revanche prouvé l’ampleur de son incompétence. Le Royaume-Uni côtoie les Etats-Unis, la Russie et le Brésil au macabre classement des pays les plus touchés par le Covid-19, et Johnson trône aux côtés de Donald Trump, Vladimir Poutine et Jair Bolsonaro dans la liste des «quatre leaders du monde infecté», comme l’a bien résumé Der Spiegel.

Le bénéfice du doute

Au début de cette crise, j’ai essayé de leur accorder le bénéfice du doute. Tirant en partie profit de mon expérience de la crise des années Blair, j’ai envoyé une note aux ministres et aux hauts fonctionnaires sur l’approche que le gouvernement devrait adopter:

1. Concevoir, exécuter et surtout expliquer clairement la stratégie.

2. Faire preuve d’un leadership solide, clair et cohérent.

3. Centraliser la gestion de la crise au plus haut niveau, autour de Downing Street.

4. Mobiliser toutes les ressources disponibles.

5. Capitaliser au maximum sur les experts.

6. Constituer une équipe solide.

7. Partager les moments clés, pour se connecter aux citoyens.

8. Embarquer l’opinion publique.

9. Faire preuve de véritable empathie pour les personnes touchées par la crise.

10. Donner de l’espoir, mais pas de faux espoirs.

Si l’on devait donner une note à Johnson pour ce test, elle serait de zéro sur dix. Il n’a eu et ne dispose toujours d’aucune stratégie. Il avait arrêté de diriger le pays avant même de devoir s’absenter pour cause de maladie. Et depuis son retour, il s’attelle davantage à sauver Dominic Cummings, son conseiller qui a enfreint les règles du confinement, qu’à sauver le pays du coronavirus. Un gouvernement déchiré par l’austérité, une équipe devenue pitoyablement faible, et des experts exploités à des fins politiques. Pour ce qui est de l’empathie, les ministres semblent en exprimer très peu pour les décès et le deuil des Britanniques, en dehors d’un robotique «nos pensées et prières les accompagnent», répété jour après jour.

Le virus du populisme nationaliste qu’ils partagent et diffusent est tout aussi dangereux que celui qui a tué nombre de leurs concitoyens

Johnson a conquis le pouvoir en se présentant comme l’ami du peuple face à une élite mythique. C’est ce que l’on peut appeler une escroquerie, compte tenu du fait qu’il vient d’un milieu privilégié. Le scandale Cummings, qui confirme que sa clique prétend pouvoir fixer les règles pour les autres sans pour autant devoir les respecter, a définitivement mis à mal ce mythe construit sur l’opposition peuple-élite.

Les mauvais élèves

Il est intéressant de constater qu’à travers le monde, les leaders qui ont des notes plus proches de dix que de zéro sont généralement des femmes: Angela Merkel en Allemagne, Tsai Ing-wen à Taïwan, Erna Solberg en Norvège, Mette Frederiksen au Danemark, ou encore Jacinda Ardern en Nouvelle-Zélande. Bien que le système politique suisse soit différent, je note que c’est une femme, Simonetta Sommaruga, qui est actuellement présidente de la Confédération suisse. Je note également que le nombre de nouveaux cas de Covid-19 en Suisse est passé sous la barre des 10 le 3 mai, et qu’il est resté bas depuis. Ce même nombre pour le Royaume-Uni comporte toujours trois chiffres, et le nombre de décès supplémentaires liés au Covid-19 a dépassé les 60 000. Pour comparaison, c’est bien plus que le nombre de personnes que peuvent accueillir les stades de football de la Premier League (en dehors de celui de Manchester United). La Suisse, elle, a réussi à limiter le nombre de morts à 1660.

Il suffit de regarder les chiffres pour identifier les mauvais élèves: les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Russie et le Brésil. Et quel est l’autre point commun entre Johnson, Donald Trump, Vladimir Poutine et Jair Bolsonaro, les quatre «leaders du monde infecté»? Ils sont nationalistes, populistes, et ils mentent. Ils rejettent la sincérité des experts. Ils sont davantage motivés par leurs propres intérêts que par ceux du peuple. Le virus du populisme nationaliste qu’ils partagent et diffusent est tout aussi dangereux que celui qui a tué nombre de leurs concitoyens.


Alastair Campbell est écrivain et conseiller en stratégie. Il a été le porte-parole de Tony Blair de 1994 à 2003.


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