Revue de presse

Boris Johnson, la promesse d’une calamité pour le Royaume-Uni

A la fin du mois de juillet, le successeur de Theresa May sera connu. S’il s’agit de l’ex-maire de Londres, les commentateurs craignent le pire

Les députés conservateurs britanniques commencent ce jeudi l’écrémage des candidats à la succession de la première ministre Theresa May. Ce sera long jusqu’à l’élection: un mois et demi encore… Cette course de plusieurs semaines est évidemment dominée par la question abyssale des fondamentaux du Brexit. L’imprévisible eurosceptique Boris Johnson l’a entamée en pole position.


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Mais Boris Johnson à la tête du Royaume-Uni, vraiment? «Non merci!» répond Le Monde dans son éditorial de mercredi. Pourtant, «c’est cet homme-là qui prétend aujourd’hui prendre la barre du paquebot Britannia en détresse». Il «jure qu’avec lui le pays sera sorti de l’UE d’ici au 31 octobre, même sans accord avec Bruxelles. La catastrophe économique consécutive à un «no deal» ne lui fait pas peur. Sa rhétorique chauvine promet aux Britanniques un avenir radieux et «mondial» une fois qu’ils seront délivrés du carcan européen.»

Mais encore? «Sa démagogie» va jusqu’à menacer de ne pas acquitter les quelque 40 milliards d’euros que le Royaume-Uni s’est engagé à verser aux Vingt-Sept «dans le cadre du budget pluriannuel en cours», comme il l’a annoncé dans le dernier Sunday Times. En pareil cas, dit toujours Le Monde, le pays «ne se contenterait plus de cultiver son malaise européen, voire d’entraver le développement de l’UE. Il deviendrait une principauté hostile fondée sur la déréglementation sociale, fiscale et environnementale. «Boris» doit cesser d’être vu seulement comme un bouffon. Son entrée au 10 Downing Street serait une calamité pour son pays et pour l’Europe», puisque «sans payer ce chèque, […] le Royaume-Uni ne pourrait passer aucun deal commercial» avec Bruxelles, rappelle Le Parisien.

Car les dirigeants européens «ont répondu fermement», selon Courrier internationalLe «rapport de force» est installé. «Face aux menaces, le président de la Commission européenne […] s’est montré très clair», rapporte Le Soir: «Ce n’est pas un traité entre Theresa May et Jean-Claude Juncker, c’est un traité entre le Royaume-Uni et l’UE, il doit être respecté par le prochain premier ministre britannique, quel qu’il soit.» Selon le quotidien belge, l’Union a martelé que «l’accord ne sera pas renégocié».

On en est là. Outre-Manche, le groupe parlementaire des tories va donc maintenant désigner deux candidats, explique le site Eurotopics.net, «que les membres du parti seront appelés à départager». Dans cette perspective, beaucoup de commentateurs «tremblent à l’idée» de voir Johnson élu. Ainsi, pour la correspondante à Londres du quotidien allemand Handelsblatt, «il faut espérer qu’il soit écarté de la course […] et qu’un autre successeur à May sache mener avec l’UE des négociations sur le Brexit sur une base […] réaliste. Mais vu l’ambiance qui règne actuellement sur l’île, il est malheureusement peu probable que ce soit le cas.»

En choisissant Boris Johnson, les tories éliront donc «leur propre Donald Trump comme chef du gouvernement», commente Douma, en Bulgarie. Il «est connu pour ses sorties irréfléchies, son égocentrisme et sa passion du pouvoir. A l’instar de Trump, si son comportement est régulièrement objet de risée, il fait aussi de nombreux adeptes. Ce n’est pas par hasard si Trump, juste après son arrivée à Londres, avait salué le travail de nul autre que Johnson, tout en le recommandant aux Britanniques au poste de premier ministre. Bien que ces déclarations aient suscité une grande vague d’indignation, Johnson a de fortes chances d’être désigné, même sans les recommandations de Trump.» Ce qui ne manque pas de fâcher le Sunday Times:

Le blond député rejette aussi le filet de sécurité (backstop) «visant à préserver une frontière ouverte entre l’Irlande et la province britannique d’Irlande du Nord», ajoute le site Touteleurope.eu. «Une solution censée être provisoire, mais que les eurosceptiques britanniques considèrent comme une manœuvre pour obliger le Royaume-Uni à continuer à suivre les règles de l’UE après le Brexit», explique Franceinfo.

Par ailleurs, l’homme «est allé jusqu’à s’engager à réduire l’impôt sur le revenu des personnes gagnant» l’équivalent de plus de 50 000 francs par an grâce à l’argent «mis de côté» en cas de Brexit sans deal. De quoi «lui attirer les foudres des dirigeants de l’UE», prévient la RTBF. «Visiblement agacé par de tels propos, l’entourage du président Emmanuel Macron a mis en garde l’ultraconservateur» en lui disant que «ne pas honorer ses obligations de paiement» serait «un non-respect d’engagement international équivalant à un défaut sur sa dette souveraine».

Les solutions alternatives

Pas fous, face à cette attitude provocante, deux des principaux rivaux de Boris Johnson, le ministre de l’Environnement, Michael Gove, et celui des Affaires étrangères, Jeremy Hunt, mettent en avant leur «sérieux». «S’appuyant sur une conversation avec Angela Merkel en marge des commémorations du débarquement en Normandie», ce dernier s’est notamment «dit convaincu […] qu’une renégociation était possible pour éviter un Brexit sans accord», relate L’Express, avec l’AFP: «Je suis absolument sûr que si nous adoptions la bonne approche sur ce sujet, les Européens seraient prêts à négocier», a-t-il dit. Ce qui n’est évidemment pas l’avis du Daily Express du jour:

«Sur les dix candidats en lice, le nom de celui ou celle qui prendra la tête du gouvernement britannique» ne sera cependant «pas connu avant la fin du mois de juillet», indique Euronews. En attendant, «Boris Johnson n’a pas précisé s’il démissionnerait en cas d’échec pour mener à bien le Brexit». Largement de quoi susciter les pires ricanements à propos de ce politicien que beaucoup considèrent tout de même, au final, comme un parfait bouffon:


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