Voici donc les vrais responsables. Les banquiers de Wall Street ou les hedge funds, qui manipulent les cours et spéculent contre les Etats. Et causent tant de soucis à la Grèce ou à l’Espagne…

Parce qu’elle permet de donner le change à une opinion publique inquiète face aux colossales dettes publiques, la théorie du complot trouve chaque jour un peu plus de relais dans les capitales européennes. Pourtant, elle est bien loin d’être démontrée, et révèle une méconnaissance du fonctionnement des marchés financiers, au comportement bien plus moutonnier que coordonné.

Plusieurs Etats de la zone euro ont un crucial besoin de capitaux privés pour combler leurs déficits abyssaux. Le prix de ce refinancement dépend de la confiance qu’on leur accorde. Jeudi dernier, l’Union européenne avait apporté un soutien politique fort à la Grèce. Depuis, hélas, Athènes n’a eu de cesse de déplorer un appui timoré, et Bruxelles d’exiger plus de rigueur.

Un tel bras de fer démontre que l’ordre n’est pas revenu dans la maison euro. Et explique en grande partie la nervosité des opérateurs financiers. Ces derniers apportent la liquidité demandée par les Etats, mais à un prix ajusté au risque qu’ils perçoivent. Les rendre responsables des problèmes de la zone euro revient donc à en faire des boucs émissaires.

L’action des marchés ne va cependant pas sans poser problème. A commencer par l’opacité dans laquelle ils opèrent. La Grèce a profité des arrangements construits en catimini par les banques d’affaires pour contourner les critères de Maastricht. Cela doit cesser.

Enfin, la spéculation actuelle utilise des liquidités presque gratuites mises à disposition par les banques centrales pour amortir le choc de la crise financière. Or leur retirer cette manne, qui doit in fine aller au financement de l’économie réelle, reviendrait à prendre le risque de casser la faible reprise. Pour corriger cet effet pervers, l’impôt, plutôt qu’une mise au pas de l’activité financière, apparaît comme un outil à prendre en considération.