Editorial

Le bouclier de la discorde

L’Otan développe un bouclier antimissile. Pourquoi ne pas dire que c’est la Russie qui est visée?

Le bouclier antimissile européen qui prend forme sur le flanc oriental du continent va provoquer une surenchère avec la Russie dans un contexte déjà exécrable. Les missiles implantés en Roumanie et en Pologne par l’Otan sous la direction technique des Etats-Unis rassureront sans doute les populations de l’ex-bloc soviétique dont les traumatismes passés sont ravivés par la résurgence du nationalisme russe.

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Mais le projet militaire de l’Alliance atlantique peut-il convaincre Moscou qu’il y a désormais une limite à ne pas franchir? La réponse est non. Tout au contraire. Moscou y voit une nouvelle provocation ou plutôt une nouvelle tentative d’attenter à sa souveraineté, dans une logique de lutte d’influence où seul le jeu des puissances compte. Les missiles roumains et polonais sont quelques pions de plus dans la volonté d’encerclement des Etats-Unis. Ainsi raisonne Poutine.

Stopper quels missiles?

La spirale est programmée: les troupes russes vont multiplier les exercices militaires, raviver les flammes du Donbass ou renforcer leur dispositif nucléaire dans l’enclave de Kaliningrad. Tout cela à la veille d’un sommet de l’Otan qui se tiendra à Varsovie, capitale du pays le plus anti-russe de l’Europe et désormais gouverné par un parti obsédé par le complot. Le danger d’un dérapage, évité de peu il y a quelques semaines entre un navire américain et un chasseur russe, va aller grandissant.

Moscou pourrait tester la volonté de défense des Européens dans l’intention de les diviser et aussi de semer la discorde entre eux et leur protecteur américain. Cela sera d’autant plus simple à faire que ce bouclier antimissile – aussi petit soit-il – est incompréhensible: sert-il de défense contre une attaque nucléaire iranienne comme le prétend Washington? Pour stopper des missiles à longue portée venus d’on ne sait où comme le dit secrétaire général de l’Otan? Ou pour dissuader Moscou d’avancer comme l’affirment les Polonais?

Ne pas répéter le scénario ukrainien

Il y a urgence à clarifier les intentions stratégiques de l’Otan avec ce bouclier. Quand on installe des batteries de missiles en Pologne et en Roumanie, qu’on renforce les troupes en Pologne et dans les Etats baltes, autant l’annoncer sans détour: c’est la Russie dont on veut se protéger car l’on craint son redéploiement militaire, son discours pan-russe, ses extensions territoriales. Cela mènerait-il inévitablement à la confrontation? Au contraire: cela permettra de mettre à plat les intérêts de chacun, de restaurer le dialogue, d’éviter de glisser dans un conflit dont personne ne veut. Comme c’est déjà le cas en Ukraine.

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