Il y a des inventions si surprenantes, si grotesques qu’on aimerait avoir assisté à leur naissance, au brainstorming puis à l’eurêka jubilatoire. Histoire de comprendre comment, et surtout pourquoi, sont nés les Segway, les baby showers, les jeans avec fermeture éclair sur les fesses ou encore le banana split – un dessert gustativement absurde, qu’on se le dise.

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La dernière idée en date à dépasser l’entendement? La nouvelle bougie parfumée de Gwyneth Paltrow. Ce petit pot noir épuré qu’elle a intitulé, tenez-vous bien, «This Smells Like my Vagina». Littéralement: «Ça a l’odeur de mon vagin». Rassurez-vous, le sien sent «le géranium, la bergamote citronnée, le cèdre et la rose de Damas», pour un bouquet olfactif «drôle, sexy et magnifiquement inattendu»… à 75 dollars. Et déjà sold out.

Un coup marketing pas si inattendu de la part de l’ex-femme du leader de Coldplay. A la tête de Goop, une société de lifestyle et bien-être, elle est passée maîtresse dans l’art de vendre tout et n’importe quoi, en particulier des produits miracles destinés à l’intimité des femmes. Mention spéciale pour son hit de 2018, des sphères en quartz à insérer dans le vagin et à laisser mariner pendant plusieurs heures pour soi-disant développer l’énergie sexuelle – et les bactéries, ont dénoncé ensuite les gynécologues.

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Clitoris du 1er Août

A part susciter les haussements de sourcils de vos invités, la bougie présente moins de risques. Et incarne malgré elle une bonne nouvelle: si le mot «vagin» s’étale sur un objet de luxe qui s’arrache, c’est bien que les tabous autour de l’anatomie féminine partent enfin en fumée.

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Il faut dire que 2019 leur a mené la vie dure. Le clitoris s’est invité dans les cours d’éducation sexuelle et dans l’espace public, dont une version gonflable et géante aux festivités genevoises du 1er Août; le Vagina Museum a été inauguré cet automne à Londres; et à cet organe ont été dédiés des piles de livres et même un épisode de Sex Education, série Netflix à succès. Sans parler de l’adjectif «vaginal», affiché samedi dernier en une du Temps. Du jamais-vu!

Pas laid, pas sale, pas vulgaire: les femmes elles-mêmes se libèrent peu à peu de la gêne – non, «vulve» n’est pas un gros mot – et des idées reçues autour de leur intimité – qui, contrairement à ce que vendent certains produits d’hygiène, n’est pas censée flairer le Chanel N° 5, sauf peut-être si l’on s’appelle Gwyneth. Désacraliser les mots pour reconquérir le corps, le cycle (vertueux) est lancé. Décidément, une bougie absurde peut avoir l’odeur du changement.


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Pour un Noël festif… et tactile