Opinions

Au boulot, M. Ogi! Par Jean-Claude Péclet

A première vue, la démarche part d'un bon sentiment: le gouvernement suisse veut profiter de la révision de la loi sur les médicaments pour y introduire, d'ici à l'été, un ou deux articles renforçant la lutte – aujourd'hui inefficace – contre le dopage sportif. Qui connaît la lenteur désespérante du moulin législatif bernois se félicite d'abord de cette approche pragmatique et rapide.

Mais dès qu'on gratte un peu le vernis des intentions officielles surgit le doute. Les autorités politiques ont-elles vraiment envie de faire le ménage dans la maison fermée du sport dont se dégagent presque chaque jour, depuis l'affaire Festina, des effluves nauséabonds?

Observons d'abord le sort réservé à deux interpellations parlementaires urgentes contre le dopage: elles ont été, l'une et l'autre, bottées en corner. Il apparaît ensuite que, sans discussion de fond, la direction des opérations a été confiée au département d'Adolf Ogi, ci-devant ministre des Armées et du Sport. C'était déjà un choix politique qui reléguait au second plan l'enjeu prioritaire du problème, à savoir la santé publique. S'il nous est peut-être égal que des champions ou prétendus tels pratiquent cette forme déguisée de suicide qu'est le dopage, le message qu'ils distillent aux sportifs du dimanche et surtout aux jeunes ne peut laisser personne indifférent.

En plus, la démarche fédérale s'est empêtrée dans une contradiction flagrante. D'un côté, elle est placée sous la responsabilité directe du ministre des sports. Mais de l'autre, le moyen de lutte envisagé (la loi sur les médicaments) relève des services de Ruth Dreifuss et, surtout, sera sans effet sur les sportifs, de l'aveu même du fonctionnaire qui prépare le texte!

De qui se moque-t-on? Veut-on encore faire passer les sportifs pour les victimes innocentes de machiavéliques pourvoyeurs? Les scandales des derniers mois ont démontré que les champions recourant à la panoplie du petit chimiste le font de façon parfaitement consciente, au point de développer un jeu de cache-cache efficace avec les autorités de contrôle. Une lutte antidopage digne de ce nom ne peut épargner les as de la seringue. Malheureusement la doctrine officielle du Conseil fédéral, inspirée très unilatéralement par les sympathies de l'école de Macolin, écarte totalement cet enjeu.

Non seulement la loi sur les médicaments est un outil contestable pour éradiquer le dopage, mais la volonté officielle de «faire vite» n'est pas elle-même au-dessus de tout soupçon. Le souci principal d'Adolf Ogi en ce moment n'est pas la pourriture du sport par les drogues de performance, mais de décrocher les Jeux Olympiques pour Sion en 2006. Ne promettait-il pas d'organiser une grande campagne antidopage… si la candidature valaisanne était choisie? Depuis cette déclaration stupide, toute l'attitude officielle montre que la Suisse marche sur des œufs, en fait le moins possible pour ne pas effaroucher le CIO avant sa conférence internationale sur le dopage en février prochain.

C'est un très mauvais calcul. Tout comme il est admis aujourd'hui que l'écologie n'est pas ennemie des Jeux mais leur indispensable alliée, une politique crédible pour assainir le sport trouverait des appuis dans le monde olympique où pas mal de consciences ont été secouées par les événements récents.

Tel devrait être le pari de la Suisse sur l'avenir. On attend d'Adolf Ogi qu'il le joue avec la conviction qu'on lui connaît quand il assène à journée faite: «les JO, c'est maintenant ou jamais!».

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