Editorial

Quelle boussole pour les marchés?

Auriez-vous misé 100 francs sur la bourse américaine en janvier 2009? La finance mondiale se remettait alors à peine de son plus grand krach depuis 1929. Elle était mise sous perfusion par les banques centrales, qui commençaient à déployer des moyens encore inédits dans leur histoire.

Six ans plus tard, l’Europe va mieux, les Etats-Unis vont bien. Mais la Chine flanche, elle qui avait été d’un si précieux soutien durant ces années de convalescence. Est-ce une raison pour paniquer? Certes, la dégringolade de ces derniers jours est impressionnante. A l’heure de l’information globale et instantanée, des ordres de bourse robotisés, les réactions en chaîne s’accélèrent et accentuent la violence des chocs.

Vient-on d’assister à un lundi noir, comme ce jour d’octobre 1987 lorsque la bourse américaine dévissa de 22%? Assiste-t-on à une nouvelle version de la crise asiatique de la fin des années 90, quand des milliards d’investissements fuyaient la région? Pékin réussira-t-il à calmer le jeu ou son interventionnisme va-t-il alimenter le mouvement de panique?

Personne n’a de réponse à ces questions. A défaut, des professionnels ont jugé bon de refaire la leçon aux investisseurs, hier. Dans le brouhaha financier, ils ont envoyé des messages basiques: «Diversifiez vos investissements», «ne vendez pas tout et n’importe quoi au plus mauvais moment»… On ne sait pas s’ils ont été entendus. Pour renoncer à vendre lorsque les bourses s’effondrent pareillement, il faut avoir un certain aplomb. Qu’elle ait raison ou non, c’est toujours la majorité qui décide du chemin que vont prendre les marchés.

Les problèmes structurels de la zone euro? Les banques centrales qui portent leurs économies à bout de bras? Le ralentissement chinois, accentué par sa transition vers une économie plus axée sur la consommation domestique? Tous ces enjeux étaient connus. Ils allaient finir par s’opposer à l’optimisme généralisé. Les bourses sont pourtant montées très vite et très haut, ces dernières années. Le cortège d’investisseurs continuait de progresser, et personne ne voulait descendre seul de ces cimes.

Pourtant, il vaut parfois la peine de changer de direction avant tout le monde. Celui qui a décidé, en janvier 2009, de parier 100 francs sur l’évolution du Dow Jones en a empoché 233 à la fin du mois de juillet. Cette plus-value, il la doit à son courage et à son flair. De tels gains peuvent-ils se réaliser dans un marché rationnel? Non, car ils sont le résultat des exagérations qui habitent la finance mondiale. Et c’est bien là tout le problème.

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