Dominique de Villepin s'est décidément trompé sur toute la ligne. Non content d'avoir sous-estimé la résistance massive à son contrat première embauche (CPE), perçu à tort ou à raison comme un symbole de précarité généralisée, le premier ministre français avait cru bon de se passer des services des seuls qui, dans son camp, pouvaient le brancher sur la France réelle: les parlementaires de sa majorité.

Double erreur. Mercredi, la première rencontre entre les députés et sénateurs UMP mandatés par Jacques Chirac pour négocier et les représentants syndicaux a en effet démontré que le dialogue, enterré d'emblée par le chef du gouvernement, demeurait possible.

Mieux: parlementaires et syndicalistes ont accepté l'idée que leurs discussions pourraient durer, ce qui sous-entend la possibilité d'y agréger d'autres sujets en plus du CPE. Façon de dérober au premier ministre en campagne présidentielle son outil le plus précieux: à savoir son calendrier de réformes.

Dominique de Villepin le «hussard» se retrouve ainsi dépossédé de son arsenal, exposé désormais aux leçons de son ministre et ennemi Nicolas Sarkozy, promu superviseur de la négociation. Mais, ce faisant, l'impasse politique du CPE a accouché d'une opportunité. Elle a sorti de l'ombre deux corps constitués qui, dans une démocratie, sont d'ordinaire indissociables du mot réforme: le parlement d'une part, et les syndicats de l'autre. Et de nouveau exposé la perversité de deux mythes hexagonaux: celui de la «bonne» décision technocratique tombée d'en haut, et celui, congénital au système présidentiel français, de la clairvoyance ultime de l'exécutif.

Même s'il est trop tôt pour parier sur les résultats de ce dialogue politico-social, vu l'insistance des syndicats à obtenir une abrogation de la loi, la crise du contrat première embauche a, au final, renversé la vapeur. Y compris dans l'opinion.

Doucement, l'idée chemine aujourd'hui de la nécessité d'une «participation» pour faire aboutir les réformes. Ce qui, après tout, devrait plaire aux gaullistes historiques, tant cette idée - on l'oublie parfois - fut chère au fondateur de la Ve République. Qui, rappelons-le, ne parvint jamais à la mettre en pratique.

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