Le Nokia 3310, téléphone portable historique devenu vintage est de retour. Si, si! Ce vieux truc qui pouvait tomber cent fois avant de se briser. Du coup, je me suis demandée pourquoi je trouvais ça si cool. Moi qui suis pourtant définie comme addict de technologie neuve par les magazines de société. Je ne devrais jurer que par le dernier modèle de téléphone à pomme, les robots, les voitures autonomes, les paiements automatisés, les commandes de fringues en ligne et la domotique.

Ce n’est peut-être qu’une mode de plus, ce retour du téléphone qui ne sert qu’à téléphoner. Le marketing de la technologie ancienne est déjà passé par le come-back soudain des montres eighties de Casio que portent mes copains, ou par les vinyles qu’écoutent mes copines. Et je ne vous parle pas des vieux légumes, topinambours et autres, des pantalons fuseau des années soixante ou des remix d’ABBA qui font se trémousser la ville le samedi soir.

Je crois que cela n’a rien à voir avec la nostalgie, mais avec la vitesse. Avec le sentiment incessant d’avancer vers quelque chose que l’on n’avait pas demandé. «J’ai même eu ce que je ne voulais pas», répète trois fois Stephan Eicher:

Il y a chez moi une fatigue du neuf qui monte. Je ressens ça avec mon smartphone qui donne les cours de la bourse, permet de tout acheter sans rien toucher sauf l’écran, discuter avec mille personnes à la fois, fait lampe de poche, miss météo, carte de géo... Enfin: vous avez le même, vous savez de quoi je parle. Vous savez que je ne peux plus m’en passer mais que j’aimerais bien, aussi, qu’on me lâche un peu, et que mon téléphone soit un un téléphone, pas une addiction, ni un fil à la patte, ni une angoisse. Que je puisse passer plus de cinq heures loin de chez moi sans dépendre d’un chargeur. Tout va trop vite, même pour les filles aussi pressées que moi.

Je crois que je vais l’acheter, ce Nokia. Ce sera céder à la nouveauté d’une vieillerie, mais pour 50 francs, j’aurai encore une fois 17 ans. Je revivrai ce moment où avoir un téléphone portable, ça me semblait juste incroyable et gai, mais surtout pas indispensable. Les objets de la vie quotidienne nous parlent et parfois nous racontent ce qui est important, ce qui compte ou pas. Ce qui compte, c’est qui j’appelle ou qui m’appelle, qui veut boire un verre ou me proposer un ciné. Pas ce bout de plastique au fond de mon sac.

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