Six mois après la parution de l’enquête réalisée par trois journalistes du Temps, la SSR annonce les résultats des rapports partiels déclenchés à la suite de cette publication. Verdict: excuses, reconnaissance d’actes de harcèlement dans deux cas, lacunes, plusieurs départs. L’enquête ne constate pas d’infraction pénale de la part de l’ancien présentateur Darius Rochebin. Elle n’infirme aucun des éléments publiés par Le Temps le concernant. La RTS annonce qu’elle va se transformer en profondeur. Un changement qui devra être mené par l’équipe actuelle, à l’exception de deux cadres, qui «n’ont pas commis de fautes graves», selon les termes du directeur, Pascal Crittin.


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L’attente a été longue et la crise a enflé. Près de 230 témoignages anonymes à la suite de la ligne ouverte par la direction de la RTS, prise de parole sur les réseaux sociaux: la discussion à propos de la culture d’entreprise s’est déroulée avec toute la difficulté inhérente à l’exercice. La bataille interne s’est déployée à l’externe: chasse aux sorcières pour certains, juste ouverture du dialogue pour d’autres, la conversation est loin d’être fluide et facile car le sujet est rude. Un tel séisme peut toucher n’importe quelle entreprise.

L’enjeu politique

La crise d’identité se double d’un vif débat sur la place du militantisme au sein de la RTS. La controverse sur le langage épicène, lancée par le biais d’une vidéo didactique faite maison sur la question, a jeté de l’huile sur le feu. Qui serait donc la RTS pour imposer un changement de paradigme, alors qu’elle est financée par la redevance? A l’inverse, ne devrait-elle pas justement montrer l’exemple et mener la transformation? Et l’on arrive ainsi sur le terrain politique, que l’on croyait apaisé depuis le rejet par 71% de la population suisse de l’initiative No Billag en 2018. Souffle sur les braises.

Hasard du calendrier: quatre journalistes du Temps ont été nominés vendredi par les Swiss Press Awards, dont les trois auteurs de l’enquête initiale sur la RTS, ce qui représente une importante reconnaissance professionnelle. Le Temps assume pleinement le travail d’enquête réalisé par ces journalistes, basé sur près de trente témoignages. Les premiers rapports et les recommandations concernant la RTS et ses dysfonctionnements sont sur la table. Mais le traitement des 180 témoignages anonymes, annoncé d’ici à la fin de juin, laisse ouvertes de nombreuses questions. Il reste encore quelques étapes avant la reconstruction annoncée par la SSR et la RTS vendredi à Berne.