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Sourires un brin crispés lundi soir à Bruxelles, entre Theresa May et Jean-Claude Juncker.
© Yves Herman/Reuters

Revue de presse

Le Brexit achoppe toujours sur le problème de la frontière entre les deux Irlandes

Le parti unioniste nord-irlandais, allié de la première ministre britannique, Theresa May, s’est opposé à la dernière minute, lundi, à un compromis entre le Royaume-Uni et l’Union européenne, qui représentait une condition sine qua non pour qu’enfin les négociations sur le divorce entrent dans le vif du sujet

Voici comment ça se passe maintenant, selon le site de France Télévisions: «Terry Haughian est un chauffeur routier britannique. Il habite en Irlande du Nord, c’est-à-dire au Royaume-Uni», ce qui ne l’empêche pas «de faire plusieurs allers-retours de livraison en République d’Irlande». Il peut passer la frontière jusqu’à quatre fois en une journée, car aujourd’hui, cette frontière «entre l’Irlande du Nord, qui appartient au Royaume-Uni, et la République d’Irlande, au sud, ne se voit que sur les cartes. Elle comporte 200 points de passage et des routes qui franchissent à cinq ou six reprises la frontière en quelques kilomètres.»

Un accord, puis plus d’accord…

Tout paraît donc simple et évident. Seulement voilà. La petite histoire dit exactement pourquoi la première ministre britannique, Theresa May, est finalement rentrée bredouille lundi soir à Londres, après que l’Union européenne et le Royaume-Uni ont échoué à boucler un accord concernant la première phase des négociations sur le Brexit. Les 27 exigent en effet des engagements préalables sur trois dossiers considérés comme des priorités absolues: le règlement financier de la rupture, les droits des citoyens expatriés, mais surtout, surtout: le sort de cette frontière entre les deux Irlandes, qui apparaît comme le point de blocage majeur. Ce, alors même que tous les médias annonçaient à la mi-journée une entente de principe sur ce sujet hautement délicat, qui occupe les esprits depuis plusieurs mois, mais libérait celui d’un président du Conseil européen qui jubilait:

Récapitulons. Dublin, soutenue par les 27, demande des garanties explicites sur un point précis: il ne doit pas y avoir de retour à une frontière physique avec la province britannique d’Irlande du Nord, qui affaiblirait ces deux économies imbriquées et fragiliserait l’accord de paix ayant mis fin en 1998 à trente années d’un sanglant conflit intercommunautaire. Theresa May les avaient manifestement données lundi après-midi selon plusieurs sources, mais la réaction offusquée du Parti unioniste nord-irlandais DUP, allié du gouvernement minoritaire britannique, l’a visiblement fait reculer. Difficile d’estimer sur quoi exactement les deux alliés se querellent, mais il semble que ce soit une simple question de vocabulaire livré à Bruxelles.

Lire aussi:  Le Brexit a ravivé l’idée d’une réunification des deux Irlandes (28.03.2017)

«Nous n’accepterons aucune forme de divergence réglementaire qui séparerait l’Irlande du Nord économiquement et politiquement du reste du Royaume-Uni», a donc insisté dans un communiqué la cheffe du DUP, Arlene Foster, juste avant le constat d’échec. De son côté, le premier ministre irlandais, Leo Varadkar, qui nourrissait de beaux espoirs à la mi-journée, s’est dit «surpris et déçu» que le gouvernement britannique ait renoncé à «ce qui avait été conclu plus tôt aujourd’hui», établissant un lien direct avec les protestations du DUP. D’ailleurs, même si un accord de principe avait été conclu, il n’aurait pas marqué la fin immédiate de la première phase des négociations du Brexit.

Pour ce faire, précisait déjà le Times de Londres la semaine dernière – relayé par Courrier international – «le gouvernement de Theresa May envisagerait de déléguer au gouvernement dévolu d’Irlande du Nord certaines compétences en matière de douanes, ce qui assurerait l’avenir de cette frontière aujourd’hui «invisible». Mais deux problèmes subsistent: tout d’abord, l’exécutif nord-irlandais est paralysé depuis plusieurs mois suite à la démission du vice-premier ministre en janvier. Ensuite, l’absence d’accord sur la future relation commerciale entre les deux rives de la Manche rend quasiment impossible toute précision sur le sujet.»

Un problème «irrésolu»

En août dernier, la presse britannique, lue par Eurotopics, disait déjà qu’il était «fort probable que la frontière entre l’Irlande et l’Irlande du Nord redevienne visible après le Brexit», justement, à l’instar du site Independent.co.uk, lequel déplorait ce problème «irrésolu, plus d’un an après le vote sur le Brexit». Aujourd’hui, il a tendance à considérer que ce Brexit, comme il «tourne» maintenant, «pourrait signifier la chute du gouvernement May» et le début d’une nouvelle ère, celle de son adversaire travailliste, Jeremy Corbyn, au 10 Downing Street.

Sur l’autre bord politique, le Daily Telegraph estimait, lui, que malgré la complexité de la question, les négociateurs étaient «en mesure de la résoudre». D’ailleurs, «le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier, s’était montré optimiste, en mai, lorsqu’il avait déclaré, à l’occasion d’une visite en République d’Irlande»: «Il y a toujours une solution. Quand la volonté est là, il y a une issue.» Pourtant, si «la Grande-Bretagne ne veut pas que l’Irlande paie le prix du Brexit, […] Bruxelles semble être disposée à le faire, dans le seul but de protéger ses priorités», dénonçait le quotidien conservateur.

La faiblesse politique de May

Aujourd’hui, il raconte comment un appel téléphonique d’Arlene Foster à Theresa May a douché les espoirs de la première ministre de rentrer au Royaume-Uni avec la satisfaction du devoir accompli. Ce qui montre – tous les médias le constatent – sa grande faiblesse politique et les pièges qui lui sont tendus au cœur de cette coalition brinquebalante avec les unionistes de l’Ulster. Les regards croisés des correspondants de la RTS à Bruxelles et à Londres l’ont expliqué très clairement lundi soir dans le Forum de La Première.

Avec sa bonhomie habituelle, Jean-Claude Juncker, a préféré, lui, tempérer les effets du déraillement de «la mise en scène bien huilée qui devait permettre à Mme May d’annoncer qu’elle avait trouvé un accord […], juste à temps pour ne pas désespérer les entreprises et les milieux financiers qui menacent de se délocaliser», commente Le Monde. Bruxelles exige en effet qu’un accord soit trouvé au début de ce mois pour que le sommet européen des 14 et 15 décembre «puisse éventuellement l’approuver». Situation encore compliquée par le fait que tout est dans ce mot: «éventuellement».

La livre sterling plonge

Le président de la Commission a donc déclaré lundi que tout cela n’était «pas un échec», mais «le début du tout dernier round, […] en tressant des lauriers de façon appuyée» à la cheffe du gouvernement de Londres. «Qui n’est pas une négociatrice facile» et qui «défend le point de vue britannique avec toute l’énergie qu’on lui connaît», juge-t-il. «Une remarque qui peut être considérée comme ironique étant donné l’ampleur des concessions de Londres, notamment sur la facture du divorce. Les discussions vont reprendre «avant la fin de la semaine», a assuré de son côté Mme May en se disant «confiante qu’elles se termineront positivement». Inattendue, la nouvelle a fait plonger le cours de la livre sterling.»

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