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Le Brexit aura-t-il lieu?

OPINION. A quelques mois de la fin de mars, lorsque s’achèvera la période de deux ans prévue par les traités pour arriver à un accord sur le Brexit, les options possibles sont claires, écrit notre chroniqueur Charles Wyplosz. Il n'y a aucune bonne solution

L’art de la négociation est de garder les questions difficiles pour la fin, de tendre la corde avant de faire les concessions requises pour arriver à un accord et de manier petites phrases et grands discours pour désorienter la partie adverse. Mais les négociations sur le Brexit sont atypiques et il n’est pas irréaliste d’imaginer que le Brexit n’aura pas lieu.

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Ce qui a été étrange depuis le début, c’est l’apparente ineptie des négociateurs britanniques. Jusque-là, la diplomatie de la Grande-Bretagne jouissait du respect qui est dû à une puissance qui a été de tous les coups sur la scène internationale depuis de nombreux siècles. En comparaison, celle de l’Union européenne (UE) faisait figure de débutante, tiraillée entre les nationalismes étriqués de ses mandants. Les subtils négociateurs britanniques allaient se régaler en semant la zizanie dans le camp d’en face, offrant à chacun un petit arrangement, confidentiel, mais très apprécié. Et voilà que dès le début des manœuvres, les Européens ont défini leur position pour n’en plus bouger, alors que c’est au sein du gouvernement britannique que régnait la zizanie. Du coup, il n’avait ni objectifs, ni tactique, ni stratégie. Les Européens n’avaient plus qu’à dérouler leurs demandes pour obtenir ce qui n’était même pas des concessions, car on ne peut concéder que lorsque que l’on sait ce que l’on veut. Petit à petit, les marges des négociations britanniques se sont rétrécies et le gouvernement a éclaté.

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Il n’y a que des choix malheureux

Comment expliquer cet échec? De manière superficielle par les désaccords au sein du gouvernement britannique. Il faut alors expliquer les raisons de ces désaccords. Il y a les ambitions personnelles des uns et des autres. Mais sont-elles tellement brûlantes que les protagonistes sont prêts à sacrifier l’un des enjeux les plus cruciaux du pays depuis des décennies? Ces bisbilles ne sont que le symptôme d’une autre explication: le Brexit est mission impossible, tout simplement. Il n’y a pas de bon plan, juste des choix malheureux.

Les liens économiques tissés au sein de l’UE sont d’une incroyable densité. Un exemple, celui de la protection des consommateurs. Elle est assurée par des règles communes qui sont appliquées pour chaque produit par les autorités du pays du producteur, et automatiquement acceptées par les autres pays. Si la Grande-Bretagne se retire, il lui faudra homologuer tous les produits importés de l’UE, ce qui prendra des années. En attendant? Elle peut accepter les homologations européennes, mais alors, elle ne sort pas vraiment de l’Union, ce qui agace ceux qui veulent une coupure franche. Importer des produits d’autres pays en dehors de l’Union n’aide en rien puisqu’il faut aussi les homologuer. De plus, la Grande-Bretagne n’a aucun accord commercial propre avec aucun autre pays, elle n’a que ceux de l’UE. Quand elle en sortira, il lui faudra négocier des dizaines d’accords avec tous les pays. Non seulement elle ne pourra qu’obtenir des accords moins intéressants que ceux qu’elle a déjà en tant que membre de l’UE parce que son poids dans la négociation est beaucoup plus faible, mais chaque négociation demande du temps, des années.

L’option d’un nouveau référendum

Cet exemple montre que l’on ne sort pas de l’Union sans une casse phénoménale. Tout se passe comme si ce n’est qu’après le référendum que les actuels dirigeants britanniques ont découvert qu’il n’y a pas de bonne solution, uniquement des myriades de mauvaises solutions. Toutes celles que propose Theresa May sont naturellement rejetées par ses concurrents, qui, eux, se gardent bien de faire la moindre proposition.

A quelques mois de la fin de mars, lorsque s’achèvera la période de deux ans prévue par les traités pour arriver à un accord, les options possibles sont claires. La première est une sortie sans accord. C’est la promesse d’une catastrophe, surtout mais pas uniquement pour la Grande-Bretagne. Une autre possibilité est un accord de dernière minute, mais il devra alors inclure un délai. En fait, le principe est déjà acquis. Il est parfois des délais qui durent très longtemps… Dernière possibilité, le gouvernement pourrait expliquer aux électeurs la réalité et proposer un nouveau référendum. Longtemps unanimement rejetée, cette option commence à être débattue. Ce serait le plus raisonnable, et la Grande-Bretagne a une admirable tradition de rationalité politique, mais n’est-ce pas prendre des rêves pour la réalité?

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