Parmi les ondes de choc qui n’ont cessé, ce week-end, de se faire sentir dans le grand corps malade de l’Union européenne et dans celui désormais plus égrotant encore du Royaume dit «uni», il en est une qui n’a pas manqué de frapper celles et ceux qui se préoccupent des fractures qui parcourent nos sociétés occidentales.

On parle ici de la fracture générationnelle. Car si le vote du Royaume-Uni a été le vote des riches de la globalisation contre les pauvres victimes de cette même globalisation... Si le vote du Royaume-Uni a été celui des élites éduquées contre les laissés-pour-compte de la réflexion articulée... Si le vote du Royaume-Uni a été celui des villes connectées avec le monde contre les campagnes fortement insularisées... le vote du 23 juin a aussi été celui des baby-boomers cousus des privilèges hérités de la haute conjoncture et de la reconstruction européenne contre la jeune génération qui rêvait de se former partout en Europe et de se mouvoir à l’intérieur de ses frontières.

Exit le rêve, exit la mobilité insouciante, exit l’accès sans difficulté ni pénalité aux programmes de formation européens. Exit cette fluidité consubstantielle au monde globalisé d’aujourd’hui. Les vieux – qui vont voter, eux – en ont décidé autrement.

A cet égard, parmi les messages sur les réseaux sociaux qui ont rencontré le plus de commentaires, un nous a frappé particulièrement: il mettait en relation l’âge des votants, leur vote proprement dit et leur espérance de vie. Résultat? La plupart de ceux qui ont voté pour le Brexit, soit les vieux et les baby-boomers, sont aussi ceux qui passeront le moins de temps à en payer les conséquences. Tandis que les jeunes qui plébiscitaient le «remain» seront ceux qui auront le plus d’années à vivre en endurant la décision de leurs aînés. D’autres messages pointent, eux, le fait que le système démocratique tel qu’il est conçu actuellement ne donne pas accès au vote aux jeunes de moins de 18 ans.

On peut tourner dans tous les sens ce faisceau de constatations implacables, trouver que l’on pousse le bouchon un peu loin… Il faut se rendre pourtant à l’évidence: le vote tel qu’il s’est ancré dans nos conceptions et nos traditions prétérite aujourd’hui de manière extrêmement insidieuse les jeunes générations.

Au point d’ailleurs qu’un think tank comme Avenir Suisse vient de soulever la question et de proposer des pistes d’amélioration. Tandis qu’un journal suisse alémanique parle, lui, carrément de problèmes engendrés par «la dictature des vieux». L’expression est excessive? Sans doute. Elle n’en ex­­prime pas moins un réel malaise. Qui ira toujours grandissant à mesure que la part des personnes âgées augmentera dans l’équilibre démographique des votants.


 

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