Editorial

Brexit, la facture des mensonges

EDITORIAL. L’accord trouvé entre la Commission européenne et le Royaume-Uni remet les pendules du Brexit à l’heure. Il entérine des compromis bien éloignés du divorce avantageux que ses partisans avaient juré d’obtenir

Ils avaient promis aux Britanniques un Brexit sans douleur. A en croire les partisans les plus zélés du divorce avec l’Union européenne, le Royaume-Uni n’avait, en substance, aucun souci à se faire sur les modalités de la future séparation, après quatre décennies de vie commune.

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Mensonges. L’accord trouvé vendredi entre Bruxelles et Londres sur les trois dossiers prioritaires avant d’engager la seconde phase des négociations, supposée s’achever en octobre 2018 (règlement financier, droits des ressortissants communautaires et frontière irlandaise), démontre exactement l’inverse. Sur chaque sujet, les concessions britanniques sont importantes, à commencer par le montant du chèque de départ évoqué, plus de 45 milliards d’euros.

Rien d’étonnant à cela, vu la complexité et la profondeur des liens qu’il s’agit de dénouer avec la séparation finale, fixée théoriquement au 30 mars 2019. Le premier acte de ce désengagement n’a donc rien de la victoire politique annoncée pour un gouvernement britannique chroniquement faible, très inquiet des avertissements lancés depuis des mois par les grandes institutions financières de la City, et sommé par les Irlandais de trouver une solution frontalière adaptée à leur particularisme.

La réalité prouve au contraire l’artifice des anticipations simplistes et des rodomontades des «Brexiters». Qui peut aujourd’hui affirmer qu’en connaissance de cause, confrontés à l’ardoise juridique, politique et économique validée vendredi entre Jean-Claude Juncker et Teresa May, les sujets de Sa Gracieuse Majesté auraient voté à l’identique le 23 juin 2016?

Vu de Suisse, pays tiers sans cesse affairé à négocier avec l’exécutif communautaire, la leçon de ce premier acte du Brexit est dès lors limpide. Echeveau institutionnel et enjeux financiers obligent, les débats sur les relations bilatérales avec Bruxelles ne doivent jamais être laissés aux vendeurs d’illusions et aux rhétoriques caricaturales sur la souveraineté. Tout est complexe en la matière, et un vote populaire, aussi légitime soit-il – celui du 9 février 2014 «contre l’immigration de masse» l’a démontré –, ne peut pas tout balayer.

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L’important, maintenant, est de bien examiner cette facture diplomatique. D’un côté, les futures limitations acceptées par la Commission sur la prééminence de la Cour de justice européenne en cas de litige prouvent que Bruxelles a compris l’importance de respecter le pouvoir judiciaire britannique sur le sol insulaire. Dont acte. De l’autre, le suspense autour du degré «d’alignement» du Royaume-Uni sur les règles du marché unique et de l’union douanière – dont il sortira – montre que, en matière d’échanges commerciaux, le pragmatisme s’annonce de mise.

La seconde phase des négociations sur le Brexit, dès janvier 2018, sera ensuite une nouvelle épreuve. Car une chose est sûre: le prix que les Britanniques devront payer pour solder les contre-vérités électorales d’hier est encore loin d’être fixé.

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