23 juin 2016 – 24 décembre 2020. Entre ces deux dates, quatre ans et demi de négociations tortueuses, confuses, éreintantes. Et deux constantes: la relation entre le Royaume-Uni et l’Union européenne était asymétrique, et seule a compté la hiérarchie des priorités vue de Bruxelles.

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Sur le premier point, les slogans du référendum sonnent aujourd’hui bien creux. «Reprendre le contrôle» paraissait alors si simple. Londres allait prendre le large et voguer vers de fructueux traités de libre-échange qui l’attendaient à travers le monde. Sauf que ce monde s’est depuis complexifié. Le prochain président des Etats-Unis a fait comprendre qu’il n’était pas pressé de signer à tout prix un accord commercial avec les Britanniques. Une mutation surprenante d’un virus lui-même imprévu a vu les camions s’entasser au bord de la Manche. Et, alors que la situation globale devenait de plus en plus insaisissable, le seul partenaire avec lequel le Royaume-Uni devait en réalité parlementer était, encore et toujours, plus puissant que lui. Lorsque l’on a plus à perdre, négocier en menaçant de claquer la porte – comme l’a souvent fait Boris Johnson – peut s’avérer payant à court terme. A long terme, c’est une stratégie risquée.

La seconde constante a encore réduit la marge de manœuvre des Britanniques. Plus la date du référendum s’éloignait, plus Londres rétrécissait dans le rétroviseur européen. L’administration Trump, la pandémie et la crise économique ont bien plus occupé les esprits à Bruxelles que le Brexit. L’Union s’est concentrée sur le maintien de sa propre cohésion. Elle a tenté de répondre de manière coordonnée à l’impact sanitaire et économique du Covid-19. Cet été, elle a même franchi le Rubicon de l’endettement commun. La conclusion d’un accord provoque certes un soupir de soulagement chez les Européens. Pour les Britanniques, il en allait tout simplement de leur survie économique immédiate dans un monde imprévisible.

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