Editorial

Brexit ou pas, l’Europe a perdu

Le seul résultat du référendum aura été d’empêcher un débat sur l’Union européenne

Ils sont au coude à coude: d’un côté, les Britanniques qui par désamour veulent quitter l’Union européenne (UE), de l’autre ceux qui malgré leur désamour décident de rester dans l’UE, à contrecœur. A la fin, ce qui reste c’est la détestation de l’Europe. C’est là le coup de Trafalgar de David Cameron: le seul résultat du référendum qu’il a organisé seul, sans que personne ne le lui demande vraiment, c’est d’avoir affaibli durablement le projet européen et ce, des deux côtés de la Manche, et même si les partisans du maintien de la Grande-Bretagne au sein de l‘UE l’emportaient lors du vote de jeudi.

La campagne pour ou contre le Brexit a démarré lentement. Mais ces dernières semaines, elle a connu des débordements, dont l’assassinat de la députée travailliste Jo Cox jeudi dernier fut l’ultime et terrible avatar. Abandonnant leur flegme, les ténors des deux camps se sont écharpés. Le spectacle lamentable qu’ils ont donné à voir n’a laissé aucune place au débat sur le rôle que pourrait avoir le Royaume-Uni dans l’UE. Pourquoi s’en étonner, leave or remain, partir ou rester, la question est par définition clivante.

A l’issue du référendum, on peut parier que les Britanniques voudront oublier les outrances de la campagne. Et pour tourner la page, pour ne pas réveiller les plaies, l’UE sera soigneusement évincée des discussions et deviendra presque un tabou. Ce qui n’empêchera pas les tenants du Brexit d’agiter à nouveau le spectre d’un référendum, une histoire sans fin, tressée de rancœurs.

Sur le continent aussi, les capitales n’auront de cesse d’oublier les tourments du Brexit. D’abord, pour ne pas stimuler ceux qui voudraient à leur tour tester la popularité de l’UE dans les urnes. Ensuite parce que la question des concessions faites à Londres en amont du Brexit reste comme une écharde dans le projet commun. Là aussi, non-dits et rancœurs feront une chape de plomb sur le débat. De plus en plus d’Etats européens voudraient aménager l’UE à leur guise, transformer le socle commun en un menu à la carte.

Dans ce contexte, le référendum britannique ne manquera pas d’apparaître comme un chantage réussi qui pourrait faire des émules. Les crispations nationalistes à l’œuvre en Europe vont dans la direction opposée de ce que l’UE a besoin aujourd’hui. Entre la répartition des réfugiés, le refinancement de la dette des pays du sud de l’Europe et le réenchantement des valeurs communes, l’UE a pourtant du pain sur la planche.

David Cameron a ainsi contribué à enrayer la dynamique européenne. A son profit? Même pas, car son référendum est un autogoal: dans des calculs politiciens minuscules, il aura affaibli son parti aussi bien que sa position.


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