Royaume-Uni

Brexit, l’impasse programmée

Le vote a commencé au Royaume-Uni. Quel que soit le résultat de ces élections anticipées que Theresa May a imprudemment convoquées, la «dame de fer» en ressortira affaiblie. Pas l’idéal pour aborder un divorce incroyablement épineux. Notre éditorial

En convoquant des élections anticipées pour ce jeudi, Theresa May espérait une victoire historique et les coudées franches pour négocier le Brexit. Le triomphe annoncé s’est transformé en chemin de croix. Et quel que soit le résultat des urnes vendredi au petit matin, la nouvelle «dame de fer» britannique ressortira affaiblie de son pari. Pas les meilleures conditions pour aborder un divorce incroyablement épineux. Un malheur n’arrivant jamais seul, le pays est rattrapé par le terrorisme.

Dire qu’en début d’année, au moment de préciser sa stratégie pour sortir son pays de l’Union européenne, la première ministre promettait un futur Royaume-Uni «plus fort, plus juste, plus uni et plus ouvert sur le monde que jamais». Les négociations avec les Vingt-Sept n’ont même pas commencé mais les lendemains déchantent déjà.

Si elle est élue, le scénario le plus probable malgré la remontée de l’opposition travailliste, Theresa May sera à la merci des europhobes de son camp, allergiques à la moindre concession avec Bruxelles. A tel point que les Européens souhaitent à demi-mot une victoire pas trop courte de Theresa May, qui ne les a pourtant pas ménagés pendant cette campagne.

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De l’autre côté de la Manche, le vent a également tourné. Le vote des Britanniques n’a pas provoqué d’effet domino. Les Néerlandais n’ont pas cédé aux sirènes de Geert Wilders et de son Nexit. Puis Marine Le Pen a explosé en vol sur le Frexit face à Emmanuel Macron. Vis-à-vis de Londres, les Européens ont resserré les rangs. Ils se prennent à rêver d’une relance du projet communautaire, après des années de sommeil. Pour l’instant, il n’est donc pas question de faire des cadeaux au partant britannique, sous peine de réveiller d’autres vocations centrifuges.

Dans ces conditions, l’impasse entre Londres et Bruxelles apparaît programmée. Au point que les négociations sur le Brexit capotent rapidement? Et que le Royaume-Uni soit contraint à un saut dans le vide, sans aucun accord avec ses indispensables partenaires européens en poche? Les Britanniques entreverraient alors le coût réel du Brexit.

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Mais il est peu probable que l’opinion publique britannique, chauffée à blanc par l’europhobie des tabloïds, change d’avis. Une majorité de la classe politique pourrait se montrer plus pragmatique. Le UKIP, qui avait fait du Brexit sa marque de fabrique, n’y pourra rien. La formation protestataire est désormais menacée d’extinction. Tout oppose les travaillistes et les conservateurs, le clivage gauche-droite a de beaux jours devant lui outre-Manche, mais les deux grands partis peuvent se retrouver sur l’essentiel: réaliser le divorce avec l’Europe des Vingt-Sept mais pas à n’importe quel prix.

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