Chronique

Et si le Brexit n’avait pas lieu?

OPINION. Nouveau délai obtenu par Theresa May, obligeant le Royaume-Uni à organiser des élections européennes. Ce paradoxe sera-t-il fatal au Brexit? s’interroge notre chroniqueuse Marie-Hélène Miauton

Le report du Brexit a été voté dans la nuit de mercredi à jeudi, vers 1h du matin. Pourquoi faut-il que des décisions aussi importantes soient toujours prises au milieu de la nuit, moment de fatigue extrême pour tout être humain, fût-il haut gouvernant? La question est importante mais ici secondaire. En effet, les 27 dirigeants européens ont décidé d’accorder un nouveau et ultime délai «flexible» de six mois à la Grande-Bretagne pour organiser sa sortie avant le 31 octobre. C’était in extremis puisque, sans cette prolongation, le «no deal» serait entré en vigueur aujourd’hui même, 12 avril.

Faits comme des rats

C’est un très mauvais service rendu au Royaume-Uni de lui avoir donné une rémission que l’impéritie de ses députés ne méritait pas. Elus, avec de nombreux bénéfices à la clé, pour faire le job, même quand il est difficile, ils ont donné le spectacle peu flatteur d’une cour d’école. Quatre raisons possibles à cette valse-hésitation. L’une est que les partis ont trouvé là le moyen de se livrer une guerre sans merci, dont le pays est évidemment l’otage. Je n’y crois qu’à moitié. L’autre est que la perfide Albion cherche à gagner du temps, espérant jusqu’au bout un aménagement favorable de l’accord. Je n’y crois pas du tout. L’autre encore serait qu’ils veulent le beurre (un regain de souveraineté) et l’argent du beurre (l’accès au marché libre), ce qui est légitime politiquement mais pas facile à obtenir. L’autre enfin, qui me semble la plus pertinente, tient au fait qu’un Brexit doux ne redonne pas vraiment la souveraineté espérée au pays, et qu’un Brexit dur est impensable. Ce n’est pas tant ses conséquences économiques difficiles qui posent problème que le risque de faire exploser la Grande-Bretagne, tout à coup réduite à la seule Angleterre, après des velléités sécessionnistes de l’Ecosse et de l’Irlande du Nord, ce qui est tout simplement inenvisageable. Voilà pourquoi les députés sont pris au piège, faits comme des rats, incapables de trouver une voie de sortie honorable.