La négociation sur la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne a déjà eu un effet notable sur cette dernière: elle lui a permis de renforcer son unité. Depuis six mois, les 27 Etats membres, déterminés et disciplinés, présentent un véritable front commun à leur partenaire. Si Londres espérait pouvoir jouer des diverses sensibilités nationales et dresser certains pays contre d’autres, c’est peine perdue.

Second enseignement, ce sont les Etats qui suivent et dirigent de près la négociation: Michel Barnier négocie avec les Britanniques sous l’autorité du Conseil européen.

La première ministre Theresa May est si affaiblie dans son parti et dans son pays que les Européens sont obligés de veiller discrètement à ce qu’elle puisse se maintenir sur le ring. C’est ainsi que le récent sommet européen a donné un petit signal en guise de réponse au discours de Florence de Mme May: les négociateurs sont chargés d’étudier à l’interne quelle forme pourrait prendre la période transitoire qu’elle a mentionnée. Mais sur le fond, les termes de la séparation sont encore loin d’être réglés, les progrès ne sont pas suffisants notamment pour ce qui est de la part au financement dont la Grande-Bretagne est redevable. Elle offre 20 milliards d’euros – c’est moins de la moitié que ce qui est escompté, lui répond le président français, Emmanuel Macron.

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Agir de concert

La négociation avec Londres offre l’exemple le plus éloquent de la volonté renforcée des Etats membres de l’Union d’agir de concert. Cette volonté n’est pas moins apparente dans le dossier de la réforme de l’Union, vaste chantier entrepris il y a un peu plus d’une année avec la déclaration de Bratislava complétée depuis par divers documents dont la déclaration de Rome pour marquer le 60e anniversaire de l’UE, le Livre blanc de la Commission avec ses cinq scénarios et le discours sur l’état de l’Union de Jean-Claude Juncker du 15 septembre 2017. Quelles mesures prendre pour améliorer la capacité d’agir d’une Union plus unie, plus forte et plus démocratique d’ici à 2025?

A ces textes s’ajoutent désormais les propositions concrètes d’Emmanuel Macron, qui a lancé le 26 septembre dernier un plan ambitieux de refondation de l’UE. Défense, commerce, politique sociale et gouvernance de l’UE et de l’euro sont les principales têtes de chapitre de ce manifeste européen. Ces idées ont été généralement bien reçues par l’UE, car elles témoignent d’un engagement et d’un dynamisme bienvenus de la part de l’un des principaux Etats fondateurs. Cependant certaines positions françaises – notamment en matière de commerce et de taxation – font l’objet d’oppositions déclarées. Une eurodéputée à la langue bien pendue déclare qu’il faut rappeler de temps en temps à Emmanuel Macron qu’il n’a pas été élu président de l’Europe…

Approche réaliste

Il appartient maintenant à Donald Tusk, président du Conseil européen, de réconcilier ces divers points de vue et d’en dégager des lignes d’action. A cet effet, il vient de faire adopter un Agenda des leaders – un calendrier annoté des réunions du Conseil européen jusqu’à l’été 2019 pour traiter des diverses étapes envisagées. C’est une approche réaliste, qui favorise les petits pas plus que les envolées lyriques mais qui doit produire des résultats. Déjà les décisions prises à Bratislava portent leurs premiers fruits en matière de migration et d’asile. En même temps, Donald Tusk met l’accent sur la nécessité à la fois de traiter à fond des sujets qui fâchent (politique migratoire), de trouver des solutions réalistes et de préserver l’unité de l’UE.

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Antonio Costa, président du Portugal, a récemment mis ses collègues en garde contre le risque de se perdre en débats institutionnels – répondre aux préoccupations des citoyens est prioritaire. Et avant de se doter de nouveaux objectifs, il convient de terminer ce qui a été entrepris, par exemple compléter l’Union économique et monétaire.

Tout en menant fermement la négociation sur le Brexit, l’UE cherche à surmonter ses divisions et à régler ses problèmes intérieurs, sans à-coup mais sans complaisance.

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