La Chronique

Brexit et Swissexit: l’UE face aux peuples

Le temps presse pour Cameron et pour l’UE car les sondages sur le Brexit sont incertains. Marie-Hélène Miauton compare la situation de la Grande-Bretagne et celle de la Suisse, toutes deux conditionnées par l’usage de la démocratie directe

Le dernier sondage en date sur le Brexit donne 45% des voix pour une sortie de l’UE et 36% pour un maintien. Restent donc 19% d’indécis, avec lesquels tout se jouera. Outre que leur nombre est capable d’inverser la tendance, on sait aussi qu’ils finissent par se partager en deux groupes: ceux qui s’abstiennent de voter et ceux qui optent pour le statu quo par crainte de l’aventure (en Suisse du moins, il en va ainsi). Dès lors, la situation ne serait pas aussi désespérée qu’elle en a l’air car, si la moitié de ceux qui hésitent vote NON, le tour est joué! Il suffira pour les convaincre de ressasser, non pas les avantages pour la Grande-Bretagne de rester dans l’UE, mais les risques qu’elle encourt à en sortir. Cameron l’a bien compris, qui brandit l’effrayant «No way back» pour marquer qu’il n’y aura pas de retour en arrière possible. En revanche, les électeurs qui se prononcent clairement dans les sondages ont pour la plupart pris leur décision et il est très difficile de leur en faire changer.

David Cameron, fin stratège

Cela n’empêche pas David Cameron, en fin stratège, d’agiter le référendum et son hypothétique résultat, pour faire pression sur l’Union afin d’obtenir le maximum d’exceptions pour le Royaume Uni et nombre d’avantages pro domo. Dans sa «Shopping list», on trouve essentiellement trois types de mesures. Celles qui relèvent d’une Europe plus compétitive, avec plus de libéralisation et moins de réglementations. Celles qui visent à réduire la pression migratoire, avec un conditionnement des prestations sociales qui fait hurler Bruxelles. Et enfin, celles qui mèneraient à une conception plus souple de la souveraineté, laissant chacun faire ses choix de vie, en refusant des décisions de l’UE si d’autres pays membres en font aussi la demande. Tout cela plairait sans doute beaucoup aux Suisses.

Margaret Thatcher et Christoph Bocher

En réalité, le scepticisme des Britanniques envers l’UE n’est pas récent. Il date du règne de Margaret Thatcher comme, en Suisse, il remonte à la campagne de Christoph Blocher lors du vote sur l’Espace économique européen en 1992. Les deux personnages sont d’ailleurs assez proches, intellectuellement parlant, tous deux conservateurs, libéraux et traditionalistes. Il ne s’agit donc pas, ni en Suisse ni en Grande-Bretagne, d’un désamour récent du peuple mais d’un mûrissement, les crises récentes de l’Union n’ayant évidemment pas arrangé les choses. Ajoutons que les deux pays continuent de battre monnaie et ont chacun leur statut d’insulaires au sein de l’Europe géographique ou politique. Autre similitude, leur situation économique préservée: la GB connaît un taux de chômage de 5% proche des 3,8% de la Suisse et une croissance prévue du PIB en 2016 de 2,2% contre 1,5%.

La parenté entre la Suisse et la Grande-Bretagne

Enfin, parenté non négligeable entre la Grande-Bretagne et la Suisse, c’est le peuple qui a le dernier mot. Le référendum sur le Brexit se déroulera sans doute en juin 2016. Pendant ce temps, le gouvernement helvétique tentera de résoudre la quadrature du cercle entre les exigences du peuple exprimées lors du vote du 9 février 2014 (et peut-être du 28 février 2016?) et la raideur des autorités européennes, déjà contrariées d’avoir dû concéder des avantages au Royaume-Uni.

C’est ainsi que l’UE se retrouve brusquement face aux peuples. Elle n’en a pas l’habitude, et sans doute y répugne-t-elle, tant son modèle institutionnel est peu démocratique. Jusqu’ici, elle a échappé aux difficultés issues des urnes. Soit par un détournement de la volonté populaire, comme ce fut le cas avec le traité de Lisbonne qui a repris le projet de Constitution pourtant refusé par les Français et les Néerlandais en 2005. Soit par des concessions, comme après le référendum grec de 2015 dont l’issue aurait dû conduire à une sortie de l’euro.

Même en négligeant la petite Suisse qui, de toute façon, n’appartient pas à l’Union, le Brexit pourrait bien être l’épreuve du feu pour l’Union européenne. Perfide Albion!

mh.miauton@bluewin.ch

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