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Brexit: Un Américain à Londres

Il n'y a pas une seule voix respectée et crédible en Europe pour défendre l'intégrité de l'Union européenne. Même Angela Merkel n'ose pas. C'est le président américain Barack Obama qui a dû mettre en garde les Britanniques contre l'isolement

Il se peut que tout le monde ne réalise pas les enjeux du référendum auquel les Britanniques sont conviés le 23 juin prochain. A l’initiative de leur premier ministre David Cameron, ils diront s’ils désirent rester membres de l’Union européenne (UE). Ils avaient rejoint la famille en 1973. Non sans une certaine réticence de la part du général de Gaulle, qui doutait déjà de la sincérité et de l’engagement de cette «nation of shopkeepers» qui pinaille jusqu’au bout pour sauver ses privilèges et intérêts.

Maître de son destin, le souverain britannique décidera en toute liberté. Malheureusement, l’issue du scrutin concerne non seulement la royauté d’outre-Manche, mais peut avoir des conséquences sur l’ensemble de la communauté. Dans le scénario du pire, on peut envisager l’implosion de l’Union. Les Suédois et certains pays d’Europe de l’Est ont déjà fait savoir qu’ils pensent également sonder leurs opinions publiques sur leur place au sein de l’UE.

Autant dire que le vote britannique a de quoi remettre en question le projet européen qui est, après les deux grandes guerres dans le continent, un projet de paix et de développement économique.

Ce n’est pas du tout exagéré que dire que l’heure est grave. Mais force est de constater qu’il n’y a pas une seule voix européenne, forte et crédible, pour mettre en garde les Britanniques contre les conséquences du Brexit, c’est-à-dire la sortie du Royaume-Uni de l’UE et surtout, pour appeler à l’unité. Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne? On lui a gentiment proposé de rester éloigné du débat. François Hollande, président la France voisine? Pitié. Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne? Il n’en est pas question; le Royaume-Uni méprise la zone euro et la monnaie unique.

Même Angela Merkel n'ose pas. La chancelière allemande a beau être une dirigeante à poigne dont la voix est décisive dans la gouvernance de l’Union, elle est aussi discréditée, notamment en raison de sa gestion de la crise des réfugiés. Elle ne fait pas le poids dans un Royaume-Uni allergique à recevoir des leçons venant d’ailleurs.

Il a fallu un président américain pour venir taper sur la table à Londres et de rappeler aux Britanniques leurs responsabilité dans la marche de l’UE. C’est Barack Obama qui, au nom de la «Special Relationship» entre le Royaume-Uni et les Etats-Unis qui, durant deux jours, a mené une féroce campagne d’explication sur les dangers du Brexit. Sa démarche a certes énervé beaucoup de monde, mais elle a compté.

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Depuis quelques jours, le camp du Brit-In, opposé à celui du Brexit, a pris des couleurs.

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