Ce n’est pas un doux rêveur qui l’affirme, mais Angel Gurria, le secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE): «Comprendre et gérer le rôle de l’argent et son influence sur la politique ne doit plus être un sujet tabou». En février, lorsqu’il a présenté le rapport sur le financement des partis et des campagnes électorales, l’économiste a évoqué le risque de «capture» de l’action publique par des intérêts privés: le financement privé est une composante nécessaire de la vie politique, mais des règles doivent l’encadrer pour éviter une démocratie sous influence.

En Suisse, ce message est désormais porté par l’«alliance pour plus de transparence dans le financement politique». Comme le résume crûment l’un des initiants, «on ne mise pas des dizaines de milliers de francs sur une personne ou une cause sans attendre un retour sur investissement.» Une initiative fédérale demande donc la publication des comptes des partis, l’interdiction des dons anonymes et la publication des contributions de plus de 10 000 francs par personne et par an versées à un parti, un candidat, un comité de campagne. La transparence s’appliquerait également aux comptes de campagnes de plus de 100 000 francs.

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Le PS, les Verts, le PBD, le PEV, le Parti pirate, ainsi que quelques personnalités indépendantes se sont lancées dans la bataille. Alors que la Suisse demeure l’une des rares démocraties sans législation nationale sur ce sujet et qu’elle se fait tancer par le Greco (le Groupe d’Etats contre la corruption du Conseil de l’Europe), le comité d’initiative en appelle au peuple.

En 2015, la Suisse a été rattrapée par les sommes en jeu. Longtemps, elle s’est crue différente. Les dernières élections fédérales ont révélé que les montants dépensés dans les combats électoraux atteignent des sommets. Près de 30 millions auraient été investis en publicité et affiches; s’agissant des campagnes personnelles, elles se sont élevées jusqu’à 300 000 francs outre-Sarine, 120 000 francs en Suisse romande. A Zurich toujours, un investissement d’un million de francs a été évoqué pour un candidat UDC. L’UDC encore: l’argent dépensé pour ses campagnes fait depuis longtemps fantasmer.

Une partie de la droite s’insurge contre la «mise à nu». Elle met en avant la protection de la sphère privée et estime que le raisonnement sur la transparence jette l’opprobre sur les élus. Il n’en est rien. Comme pour la publication des liens d’intérêt, lever le voile sur le financement politique renforce la confiance des électeurs envers le personnel politique. Peut-être que le texte proposé n’est pas parfait, que les limites évoquées ne sont pas les bonnes, que des contournements resteront possibles. Mais il a au moins ce mérite: faire progresser une difficile discussion.

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