Libérés, délivrés. Dimanche dernier, les corps ont célébré la fin d’un monde confiné. Partout en Suisse romande, des jambes, des bras et des dos se sont dénudés, insouciants des distances de sécurité. Un peu trop, visiblement, puisque des amendes ont été administrées. Mais bon, c’était beau de voir ces corps déliés, confiants dans ce nouveau monde déminé.

Parmi eux, à Genève, un jeune homme se baladait, torse nu, dans la rue. En regardant le gaillard réjoui, j’ai pensé avec délice aux féministes de Mai 68 qui prônaient l’abolition du soutien-gorge en le jetant dans les poubelles de la liberté – et non en le brûlant, comme on le croit souvent – pour dire non aux carcans machistes de la société. La polémique a refait surface, il y a quelques années, quand des New-Yorkaises se sont affichées topless au nom d’une loi de 1992 qui autorise chaque citoyen, sans discrimination de sexe, à exhiber ses pectoraux.

Nouvelle pudeur

Chez nous, la question ne se pose pas dans la rue, mais sur les plages. L’an dernier, la RTS a pointé le flou juridique en la matière et la diversité de points de vue. Légalement, rien n’empêche les femmes de tomber le haut au bord de l’eau, mais certains règlements communaux, invoquant le caractère familial du site, refusent ce dévoilement. C’est le cas, notamment, pour la plage des Iles à Sion, à Bienne, à Grandson et dans la commune genevoise de Dardagny. «Question de pudeur», martèlent les maires. Quel retour en arrière! Dans les années 1980, aucun enfant ne rougissait devant une poitrine ambrée. A cette époque, le topless était tellement la règle qu’on portait un maillot de bain une pièce qu’on roulait sur les hanches pour se dorer…

Le cancer, ennemi plus radical

Mais, à la fin des années 1990, un autre ennemi, plus radical que la morale, s’est dressé: le risque de cancer, dû aux rayons devenus trop ardents. A partir de là, une conviction a fait son apparition. Puisque le soleil est désormais dangereux, les seins, plus délicats que d’autres parties du corps, doivent être couverts. Pas forcément, rectifie le magazine Elle: «Bronzer seins nus n’est pas plus dangereux que le bronzage en général. Moyennant une crème solaire indice 50 pour les peaux claires, la poitrine peut s’exposer sans craindre de développer un cancer», assure le dermatologue interrogé. Seul ennui repéré: le vieillissement prématuré de la peau, plus fine à cet endroit. Mais pas de crabe à l’horizon. «Si le soleil a une incidence directe sur le cancer de la peau, le lien direct entre l’exposition solaire et le cancer du sein n’a pas été établi», insiste la publication. On libère les lolos, alors? Plus facile à dire qu’à faire. Maintenant que le pli pudico-sécuritaire a été pris, tomber le haut redevient un défi.

L'histoire des seins vous intéresse? Camille Froidevaux-Metterie lui a consacré une étude détaillée dans Seins. En quête d'une libération, qui vient de sortir aux éditions Anamosa.


La précédente chronique: Genève, la ville aux vélos, c’est maintenant