Il n’y aurait rien de pire que de se lamenter, à nouveau, sur les lacunes de ce scrutin européen, une fois de plus marqué par une abstention bien supérieure à celle enregistrée lors des scrutins nationaux. Car aussi compliqué à interpréter ssoit-il, ce nouveau verdict des urnes a le mérite de dessiner, à grands traits, une Europe des citoyens que beaucoup trop, à Bruxelles, sont tentés d’ignorer. Des citoyens déboussolés par la crise et de moins en moins convaincus par les réponses de la social-démocratie traditionnelle. Laquelle a elle-même contribué à brouiller son message en participant, dans plusieurs pays majeurs de l’UE, à des gouvernements de coalition sans pouvoir démontrer qu’elle y garde son impact propre. Ou qu’elle n’y perd pas son âme.

Cette Europe électorale a bien plus de visages que les vingt-sept Etats membres de l’Union. Elle est souvent populiste, happée par de fortes personnalités pour lesquelles le Parlement de Strasbourg est une cible ou un tremplin facile. Cette Europe-là est aussi, de plus en plus, consciente des défis qui l’attendent en matière d’environnement. Elle est, en réalité, éclatée. Comme le sont nos sociétés et nos générations. Aussi difficile à gérer soit-elle, l’Europe des intérêts particuliers, voire contradictoires, est une réalité.

On oublie bien sûr que nombre des eurodéputés envoyés siéger par les formations euro­sceptiques perdront, une fois à Strasbourg, pas mal de leur panache. Ils devront, comme les autres, composer. Ou seront marginalisés. Car on ne fait rien à l’Europarlement, dont les pouvoirs sont au mieux ceux de la codécision avec les Etats membres, sans travailler chaque texte cent fois, et sans passer des accords pour les votes décisifs. Il n’y aura donc pas, là, de révolution.

La balle est maintenant, à vrai dire, de l’autre côté: à la Commission européenne dont le président sortant, José Manuel Barroso, a désormais de bonnes chances d’être reconduit. C’est à elle, supposée défendre l’intérêt général des Européens, que revient l’initiative de montrer aux citoyens qu’ils n’ont pas voté pour rien. Ceux qui réclament, à peu près partout, plus de «proximité» doivent être entendus. Ceux qui veulent plus de transparence aussi. Le chemin communautaire, compliqué à l’extrême pour des peuples malmenés par la crise économique, est toujours aussi ardu. Il faut y voir un défi plutôt qu’une défaite ou une sanction.

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