Au lendemain des attentats qui ont fait 31 morts et plus de 200 blessés à Bruxelles, les leaders de la communauté musulmane ont déploré les actes ignobles des fous de l’islam. Ainsi, la Ligue des imams de Belgique «condamne avec fermeté les actes criminels et inqualifiables» du 22 mars. L’Exécutif des Musulmans de Belgique «dénonce les actes d’une cruauté extrême commis à l’encontre des citoyens innocents». La Ligue des musulmans appelle à «l’unité et à la solidarité pour faire face dignement à cette horreur». Enfin, le Centre islamique qui a été lui-même victime d’un attentat en 2012 «invite tout un chacun à faire preuve de vigilance et à redoubler d’efforts pour arrêter ces terroristes et leurs commanditaires».

La communauté musulmane ne pouvait pas rester sans réaction face à la tragédie. Issue principalement de ressortissants turcs et marocains venus en Belgique dans les années 60 pour prêter main-forte à la reconstruction, elle compte, selon des chiffres publiés en 2010, quelque 700 000 membres, soit 5,8% de la population. Le fait que les terroristes qui ont frappé Bruxelles, mais également Paris, Madrid et Londres, soient issus de cette communauté, la met dans une position d’accusée. C’est ainsi que Molenbeek, commune proche du centre de Bruxelles, 100 000 habitants et majoritairement musulmans, est désormais connue comme le fief du radicalisme islamique en Europe. Le terroriste Salah Abdeslam s’est planqué là pendant quatre mois après avoir participé aux attentats de Paris en novembre 2015. La question de complicité de ses amis et de sa famille se pose sérieusement.

Ce contexte favorise le creusement du fossé entre la communauté musulmane et le reste de la société belge. Jusqu’à mettre en doute la sincérité des expressions de solidarité émises par les associations musulmanes. Il est vrai aussi que lors des discussions privées, le message est plus ambigu. Chômage et situation économique difficile, discrimination, guerre en Irak, bombardements européens en Syrie, crise israélo-palestinienne: bref, un cocktail explosif pour justifier l’injustifiable. L’islam qui comme le dit Frederica Mogherini, la cheffe de la diplomatie européenne, «n’est pas externe et qui fait partie de l’Europe», doit faire son examen de conscience. Les condamnations de la violence gratuite au conditionnel, la manipulation, le double langage sont en effet devenus insupportables et nourrissent un peu plus la méfiance.


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