Revue de presse

A Bruxelles, le président Juncker «casse tout ce qu'il touche»

La chancelière allemande, Angela Merkel, met la pression pour que le président de la Commission européenne tire les conséquences de ses échecs. Perdant patience, elle suggère une «mise à la retraite anticipée» de ce Luxembourgeois «de plus en plus indépendant», selon elle

Elle voulait «faire barrage à la candidature de Michel Barnier, suspect à double titre: de manque d’orthodoxie budgétaire (il est Français) et de vouloir trop réguler la finance (il est à l’origine d’un projet européen de séparation bancaire que Paris et Berlin ont tout fait pour enterrer).» Mais aujourd’hui, selon le Times de Londres qui cite «un ministre allemand anonyme», Angela Merkel considère que Jean-Claude Juncker est une «partie du problème de l’UE». «You’re finished, Juncker», titre le Daily Express, avec ses excès habituels. Alors, comme c’est «elle qui l’a imposé à la tête de la Commission» en mars 2014, contre l’avis de David Cameron à Londres, pourquoi un tel changement?» se demande LaTribune.fr.

«Jean-Claude Juncker et son équipe ont déçu la chancelière. Le Brexit a hâté cette rupture. Et désormais», celle-ci considère qu’il «a encore et encore agi contre l’intérêt commun» et que «la pression pour qu’il démissionne va devenir plus grande». Mais que lui reproche-t-elle? Sa «tendance foncièrement centriste». Qui l’a mené, dit-elle, «à tenter de trouver une «troisième voie» entre la relance keynésienne et l’austérité permanente. C’est l’idée du «plan Juncker», un plan de relance qui n’en est pas un.»

Au Royaume-Uni, le 23 juin, il avait menacé de ne pas «accueillir les déserteurs les bras ouverts» en cas de Brexit. Donc «on a le sentiment que le président de la Commission casse tout ce qu’il touche, […] en raison de ce fédéralisme auquel il croit. A cela s’ajoute un comportement fantasque, comme cet accueil à coups de gifles de certains dirigeants l’an passé et des discours parfois étonnants, comme lorsque, le 28 juin, devant le Parlement, il interpelle Nigel Farage, élu eurosceptique britannique, d’un «Que faites-vous là?» avant d’évoquer des discussions avec les «dirigeants d’autres planètes». «Les rumeurs relayées notamment par le site Politico parlent de problèmes de santé et d’absentéisme.»

Sans compter que «le président du Parlement européen, Martin Schulz, et le président du Conseil, Donald Tusk, traitent d’ores et déjà la Grande-Bretagne en paria de l’Europe» et «rivalisent de déclarations débridées» avec Juncker, déplore le Diário de notícias portugais. Il y a deux ans, le Daily Mail parlait du Luxembourgeois comme d’«un ivrogne» qui prenait «du cognac au petit-déjeuner»…

Jean-Pierre Stroobants, le correspondant du Monde à Bruxelles, écrivait récemment, lui, que «la Commission européenne est sous pression. Revendiquant son rôle «politique», l’équipe menée par l’ancien premier ministre luxembourgeois […], n’a pas hésité, ces derniers mois, à prendre des décisions difficiles, courageuses même, concernant la migration, n’hésitant pas à montrer du doigt les gouvernements réticents à l’accueil des réfugiés. Ou préférant tenir compte des opinions publiques plutôt que d’appliquer strictement les textes européens en matière de surveillance budgétaire des Etats membres. Mais la crise européenne s’aggravant, son comportement suscite de plus en plus de critiques.» Et de la nervosité dans son parti:

Ce journaliste était l’invité du Forum radiophonique de la RTS ce mardi soir. «L’Europe est dans la tempête et son président est nettement affaibli», dit-il, en rappelant que le ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, «plaide pour davantage de pouvoir au Conseil européen, donc pour les Etats». Par ailleurs, «gouverner le Luxembourg est sans doute un peu plus simple que de gouverner une Europe à 28». Et «ses embrassades, ses tapes amicales, ses mots d’humour? Il se pose clairement un problème quant au style de Jean-Claude Juncker.»

Le site Contexte rappelle aussi les faits, bruts: «La Pologne, la Hongrie, la Slovaquie et la République Tchèque ont exigé, dans une déclaration, la mise sous tutelle de l’exécutif bruxellois. Les ministres des Affaires étrangères polonais et tchèque ont même demandé la démission de Jean-Claude Juncker pour avoir failli dans son obligation de préserver l’unité européenne. Le sommet informel de Bratislava, le 16 septembre, pour «réfléchir sur l’avenir de l’Europe à 27» s’annonce difficile.»

Donald Tusk a alors volé à son secours: «Jean-Claude Juncker est la dernière personne à accuser d’être responsable du résultat négatif du référendum britannique», a-t-il affirmé lors de leur conférence de presse commune à la fin du premier sommet européen sans le Royaume-Uni, mercredi 29 juin. Mais le mal est fait. Jean-Claude Juncker paie sa trop grande indépendance, son franc-parler et un «humour assez brutal», reconnaît son entourage. Les dirigeants européens n’aiment pas s’entendre rappeler leurs manquements et le président de la Commission l’a fait sans prendre de gants à plusieurs reprises au cours de la crise migratoire déclenchée par l’exode des Syriens.»

En théorie, seul le parlement européen peut renverser la Commission. Mais il est toujours possible de pousser le Luxembourgeois à une retraite anticipée… La menace de la chancelière suffira peut-être pour qu’il se «ressaisisse». «Elle va s’en occuper», promet l’Independent.


Lire aussi:

Publicité