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Les curiosités du budget fédéral quant à l’aide au développement interpellent un ancien directeur du HCR.
© PETER SCHNEIDER

Opinion

Quand le budget d’aide au développement arrose la Suisse

Le budget de l’aide publique au développement constitue toujours une épineuse discussion. Où se cachent parfois des surprises incongrues, estime Werner Blatter, ancien directeur du HCR

Lors de la session d’automne 2016, le Conseil des Etats devra se prononcer sur l’épineuse question du budget de l’aide publique au développement (APD) de la Confédération pour les années 2017 à 2020.

Ce point de l’Agenda du Conseil des Etats n’a, à première vue, rien à voir avec le financement de l’assistance aux requérants d’asile en Suisse; cependant à y regarder de plus près on constate qu’en 2015, du total de l’aide publique au développement (APD) de CHF 3’404.2 millions, la somme de CHF 473.2 millions a été destinée au Secrétariat d’Etat aux Migrations (SEM) pour «assistance aux requérants d’asile en Suisse et «aide au retour». Cela veut dire que 14% de l’aide publique suisse au développement ont été, l’année passée, destinés à la Suisse, n’ont été dépensés qu’en Suisse et ont donc été détournés de l’aide au développement.

Ce curieux arrangement ne semble déranger personne

Curieusement cet arrangement budgétaire de la Confédération ne semble pas déranger grand monde. Or on introduit une aide au développement suisse en Suisse ni plus ni moins. Ce qui devrait être dépensé pour l’Asie, l’Afrique, L’Amérique Latine ou pour l’aide humanitaire, reste en Suisse, comme si notre pays avait besoin d’aide au développement.

Que les milieux peu favorables à l’aide au développement ne s’attardent pas sur l’incongruité de cet arrangement n’est en soi pas surprenant. Que par contre les milieux qui militent pour le maintien du niveau de l’aide au développement ne fassent pas plus de bruit autour de cette bizarrerie, voilà qui est étrange.

Le lobby de l'aide au développement n'est pas très fort

Même si différentes organisations et personnalités ont récemment présenté à Berne 36’000 signatures pour demander aux Parlementaires de ne pas couper dans le budget de l’ADP, on ne peut pas vraiment parler d’un lobby fort pour le développement à Berne. Mais il faut aussi relever que beaucoup d’ONGs qui pourraient donner plus de poids à ces revendications, ne le font pas, car en qualité de partenaires opérationnels de la DDC ou du SECO pour des projets d’aide au développement à l’étranger, elles sont liées à l’Etat, d’autant plus qu’elles reçoivent aussi des fonds étatiques pour leurs projets en faveur des requérants et des réfugiés en Suisse. Elles préfèrent sans doute ne pas faire trop de vagues.

Proposer une approche plus transparente

Pourquoi ne pas proposer une approche plus transparente et peut-être même un peu plus honnête, c'est-à-dire enlever les CHF 473.2 millions du budget de l’Aide publique au développement pour les faire figurer où ils doivent être,  c'est-à-dire au budget du Département de la Police et Justice, voire au Secrétariat aux Migrations? Cela impliquerait évidemment qu’on réduise ouvertement et d’une manière conséquente et claire le budget officiel de notre Aide publique au développement. Une autre option, serait d’augmenter le budget de l’Aide Publique de CHF 450 millions par an; ce montant devrait alors figurer sous la rubrique DDC ou SECO. A vous Mesdames et Messieurs les Conseillères et Conseillers aux Etats de jouer. Bonne session d’automne!


Werner Blatter, ancien directeur du HCR

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