Le gouvernement grec, sous la pression de l’Union européenne (UE) et du Fonds monétaire international (FMI), doit faire des économies. Or il est bien difficile de rogner chez les rentiers, qui soutiennent le gouvernement, et dans la fonction publique, qui menace de le renverser. Reste l’armée, dont les budgets sont considérables, mais pourtant à peine touchés.

A la suite de la crise de 2008-2010 et de la quasi-mise sous tutelle de l’UE et du FMI, la Grèce est condamnée à une politique de rigueur et d’austérité. Or, pour que ceci ait un sens, davantage de transparence est nécessaire entre le gouvernement grec et ses débiteurs, autant que ses créditeurs.

Les dépenses militaires grecques sont importantes, si on les compare aux autres pays européens. Cela s’explique de trois manières. Tout d’abord, la Grèce a été une dictature militaire jusqu’à la révolution de 1973. Le départ des colonels s’est accompagné de garanties pour le maintien de forces et de budgets élevés.

Ensuite, l’histoire récente de la Grèce est faite de menaces et de conflits qui ont nécessité une disponibilité élevée de ses moyens de défense. Défaite puis occupée par l’Axe durant la guerre, en proie à la guerre civile entre 1947 et 1952, puis presque constamment en confrontation avec ses voisins du nord – notamment l’ex-Yougo­slavie, l’Albanie et la Bulgarie communistes, sur la question des ­frontières et des minorités macédoniennes – et avec son voisin de l’est – la Grèce est techniquement toujours en guerre avec la Turquie depuis l’invasion turque de l’île de Chypre en 1974. Toutefois, à la faveur du président Jimmy Carter, la Grèce et la Turquie sont membres de l’OTAN depuis 1977, rendant ainsi un conflit entre deux membres de l’Alliance atlantique impossible.

Enfin, géographiquement, la nature montagneuse de sa frontière au nord, ses côtes découpées et son millier d’îles rendent nécessaires la constitution de forces nombreuses afin de contrôler ce territoire complexe.

Le budget de la défense grec se monte à environ 3% de son PNB, soit près de deux fois la moyenne des pays de l’UE (1,7%). En outre, ce budget est astronomique lorsqu’on le compare aux effectifs relativement modestes de l’armée grecque: 139 000 soldats et 251 000 réservistes. Cela s’explique par un budget d’acquisition d’armement très élevé, l’industrie nationale n’étant pas capable de produire les armements nécessaires, grevant ainsi la balance des paiements en direction principalement des Etats-Unis, de l’Allemagne et de la France, et, plus anecdotiquement, de la Russie.

Les temps sont durs et il faut réduire le budget de la défense. En 2012, le ministre grec de la Défense a promis des coupes de l’ordre de 400 millions d’euros, soit 16,22% du budget. Ces coupes ne sont-elles pas trop maigres, ou n’interviennent-elles pas trop tard?

Car au même moment, le Secrétaire à la défense américain, Leon Panetta, célèbre en grande pompe avec son homologue grec la donation de matériel d’occasion de seconde main, pour une valeur de 2,5 milliards de dollars américains. Si l’on pense que la Grèce reçoit ainsi 400 chars de combat M1A1 Abrams, qui s’ajoutent aux Léopard 2A6HEL achetés en Allemagne, on peut légitimement s’interroger.

Ce «don» est devenu une saga, car Dimitris Avramopoulos, le ministre grec de la Défense, a dû annoncer qu’il ne disposait pas des 10 millions de dollars en liquide pour payer le transport de ce matériel de guerre. Un appel commun à la communauté juive a été lancé lors de la visite d’Avramopoulos auprès de son homologue américain aux Etats-Unis. A présent, le Congrès américain doit encore avaliser cette cession de matériel libellé «Government Issue».

Il y a fort à parier que le Congrès va l’approuver. D’une part, pour se débarrasser à bon compte de matériel lourd et usé, nécessitant une remise à neuf onéreuse. Ensuite, parce que c’est un moyen d’entretenir les ventes d’armes en Grèce, au moment où l’Allemagne se profile sur ce marché. Et aussi parce que les relations américano-turques, tendues dans le contexte de la guerre en Syrie, militent pour un renforcement de son rival égéen. Et, enfin, parce que les frictions entre la Grèce et ses partenaires européens peuvent devenir une opportunité pour Washington.

On peut s’interroger sur la sincérité des aides à la Grèce, tant les exportations d’armements allemands et français sont importantes, représentant respectivement 15 et 10% de leurs exportations d’armes. La question de la trans­parence des budgets a été maintes fois soulevée, comme celui de la corruption. A cela s’ajoute la lé­gèreté de ces accords, qui ne ­comptent aucune compensation éco­nomique ou participation industrielle locale, malgré des milliards d’achats annuels. Dans cette histoire, les pompiers sont-ils aussi les pyromanes?

On peut s’interroger sur la sincérité des aides à la Grèce,

tant les exportations d’armements allemands et français sont importantes