Charivari

Bug océanique à Genève, avant les Canaries

Notre chroniqueuse, toute en couleurs en vacances à Tenerife, repense à l’avenir noir du Musée d’art et d’histoire genevois

Vendredi dernier, j’ai bugué. Je devais partir pour Tenerife le lendemain à l’aube et donc emporter des habits printemps-été – il fait 20°C sur cette île des Canaries en février, que du bonheur – mais j’ai bugué. Total trou noir. J’avais d’un côté ma valise format low cost, de l’autre mes deux armoires remplies de vêtements toutes saisons et, après la première paire de chaussettes, j’ai été prise d’une stupeur stupide, quasi hébétée. Culpabilité d’aller me baigner dans l’océan alors que Genève allait s’échouer sur un musée? Incapacité à me projeter dans un paradis tempéré alors que, chez nous, l’hiver sort ses griffes? Je ne sais pas, mais j’ai bugué.

Conversation avec un kakariki

Et puis, comme le temps était compté, car je retournais voir un spectacle à Lausanne le soir, j’ai dû me presser. J’ai pris 9 robes, 17 pantalons, des pulls et des t-shirts à foison et, arrivée dans l’avion, j’ai souri large pour qu’un passager costaud monte le monstre dans le casier passager. La honte. Bon, il se trouve que Tenerife est une île capricieuse, au climat inconstant. Le ciel peut être noir charbon sur les sommets volcaniques de la chaîne du Teide et bleu limpide côté océan.

Avec mes cousines qui sont du voyage, on finit facilement en doudoune une journée qu’on a commencée en robe d’été. Dès lors, mon chargement est moins benêt. Tout de même, alors qu’en ce moment même je converse avec un kakariki jaune à l’ombre d’un bougainvillier, je me revois vendredi, aussi perdue que le Petit Poucet en forêt, et je réalise une fois de plus qu’on n’a pas besoin d’eaux profondes pour se noyer…

Dimanche, je me suis sentie moins seule avec ma panique. Sur le site de mon journal préféré, alors qu’un gecko me fixait de ses yeux gris, j’ai lu que 7% des Genevois qui s’étaient rendus aux urnes avaient voté blanc sur la question de la rénovation et de l’agrandissement du Musée d’art et d’histoire. Une abstention record. Comme si l’imbroglio d’avis divers avait pétrifié une partie de l’électorat.

En fait, pour beaucoup, il ne s’agit pas de panique, mais d’inconfort. Quelques votes blancs – je le sais, j’ai rencontré leurs auteurs dans la nuit noire – quelques votes blancs sont issus de professionnels de la culture qui ne pouvaient décemment pas dire non, mais ne pouvaient pas non plus dire totalement oui. Pour toutes les raisons fort raisonnables qu’on a entendues et commentées mille fois. Ni oui, ni non, ce n’est pas nul, c’est blanc. Un vote blanc pour un avenir noir? A voir. Pour le moment, je contemple l’océan…

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