Didier Burkhalter Conseiller fédéral préféré des Suisses! Qui l’eût dit? Qui l’eût cru?

Début décembre 2014, un sondage le plaçait au premier rang. Normal, se sont exclamés les analystes, c’est le bénéfice d’une année présidentielle lui ayant offert beaucoup de visibilité. Soit, mais une présidence peut aussi se rater. Les graves événements qui sont survenus cette année-là, appelant l’intervention du Neuchâtelois aussi bien au niveau suisse que dans le cadre de l’OSCE, auraient pu démontrer son incapacité à tenir son rôle de ministre des affaires étrangères ou sa difficulté à adopter une stature internationale. Au contraire, une fois les projecteurs braqués sur lui, il a su convaincre. Et les Suisses en ont été fiers.

Il faut pourtant rappeler l’accueil glacial qui lui fut réservé dès son élection en septembre 2009. Les médias ont d’emblée été mortifiés par le type de relations qu’il désirait instaurer avec eux, préférant les appeler quand il avait quelque chose à leur dire plutôt que de se faire sonner quand ils avaient besoin de lui. Crime de lèse-majesté? Il a donc été qualifié de souris grise, falote et sans envergure. On a moqué son attachement familial, sa façon de donner la main à son épouse et l’omniprésence de cette dernière. Grande affaire!

Parue durant la canicule du mois d’août 2015, ce qui a nui à son écho, un second sondage a confirmé cette première place alors même que Didier Burkhalter n’était plus président ni de la Confédération ni de l’OSCE. Evidemment, une bonne impression ne s’efface pas immédiatement, mais la stabilité de ce score plaide en faveur d’une estime durable. Classé immédiatement après lui, on trouve le Fribourgeois Alain Berset suivi des trois sages féminines, tandis que Schneider-Ammann et Ueli Maurer ferment le ban. Ce classement est instructif.

Il est exceptionnel que deux Romands tiennent le haut du pavé, car les Alémaniques favorisent plutôt les personnalités issues de leur région et qui parlent leur langue. Or Burkhalter comme Berset sont parfaitement bilingues, compétence qui devrait aller de soi à ce niveau de responsabilités.

Que deux hommes d’âge moyen (55 et 43 ans), portant bien, s’astreignant à un code vestimentaire classique, pères de trois enfants chacun, solidement ancrés dans leur commune, toujours dignes et témoignant d’un grand respect pour leur fonction, soient plébiscités, cela signifie que leur façon sobre et sérieuse d’incarner la politique plaît aux Suisses. Ainsi, ils ont damé le pion à Doris Leuthard dont le charme est indéniable et à Simonetta Sommaruga dont la distinction est insurpassable. Serait-ce le retour des hommes en politique?

Autre enseignement, les citoyens sont capables de reconnaître la valeur d’un représentant de la droite, Didier Burkhalter étant PLR, aussi bien que de la gauche, Alain Berset étant du PS, moyennant que ni l’un ni l’autre ne se montre extrémiste dans ses options. Que les positions raisonnables et l’esprit de collégialité continuent de payer en Suisse, voilà une excellente nouvelle.

Pour finir, demandons-nous pourquoi trois conseillers fédéraux occupent les places les moins enviables. Malgré sa cinquième position, Eveline Widmer-Schlumpf obtient un résultat très acceptable avec 68% d’opinion favorables mais elle paie sans doute son absence d’ancrage dans un parti fort. Johann Schneider-Amman ne totalise que 47% d’opinions favorables alors que l’économie suisse se porte très bien malgré les nombreux aléas de la conjoncture actuelle. Injuste? A moins que son passé de grand patron ne le range abusivement dans le camp du néolibéralisme, peu porteur? Peut-être aussi que le département de l’économie, dont l’action est assez technique, n’est pas idéal pour attirer la sympathie. Enfin, au dernier rang, Ueli Maurer polarise, comme tous les UDC. Mais il obtient cependant 42% d’opinions positives, ce qui prouve qu’il récolte au-delà de son parti.

Les prochaines élections fédérales montreront si les rangs de nos conseillers fédéraux sont un indicateur pour la réussite de leur parti respectif.

Le Temps publie des chroniques et des tribunes – ces dernières sont proposées à des personnalités ou sollicitées par elles. Qu’elles soient écrites par des membres de sa rédaction s’exprimant en leur nom propre ou par des personnes extérieures, ces opinions reflètent le point de vue de leurs autrices et auteurs. Elles ne représentent nullement la position du titre.