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Image d'illustration. En Afghanistan, 2013.
© ANJA NIEDRINGHAUS

chronique

Burqa: la trahison de la gauche

Face à la question de l’interdiction du voile intégral, une partie de la gauche se laisse aller à une dérive communautariste, estime notre chroniqueur Yves Petignat

Dans son livre le plus célèbre, «La Trahison des clercs», en 1927, Julien Benda fustigeait déjà l’abandon par les intellectuels français des valeurs universelles d’égalité, de justice, de liberté et de la raison au profit des passions idéologiques et de l’esprit du temps. Nous y revoilà.

A regret, car si l’islamophobie suinte à travers les arguments du comité d’Egerkingen à l’origine de l’initiative anti-burqa, il faut lui concéder un mérite: ouvrir un vrai débat de société dans une Suisse, qui, comme le rappelait Friedrich Dürrenmatt, préfère d’habitude s’enfoncer dans les tunnels.

La dérive vers un multiculturalisme indifférencié

Dans «Le Temps», Céline Zünd a récemment montré la dérive d’une partie de la gauche helvétique vers le multiculturalisme indifférencié, au détriment de l’universalisme des droits de l’homme. Pour la présidente de la Jeunesse socialiste, Tamara Funiciello, c’est «le champ de bataille de vieux messieurs». Et pour telle militante féministe la «tyrannie de la majorité blanche contre une minorité».

Des positions de gauche déjà entendues en Allemagne

On a entendu les mêmes anathèmes en Allemagne, chez les Verts allemands particulièrement. Le député Hans-Christian Ströbele s’était ainsi offusqué de l’obligation de parler allemand dans les cours d’école «parce que nous ne pouvons pas imposer la langue des assassins à ces jeunes innocents». Et la féministe Alice Schwarzer, pour s’être opposée au voile intégral, avait été traitée de fasciste et xénophobe. «Au nom du respect mal compris des autres cultures, nous avons fait accepter la soumission de la femme», dénonçait l’écrivain et scénariste de gauche Peter Schneider.

Conséquences, en 2005 déjà, à Berlin, l’école Eberhard-Klein, dans le Kreuzberg, n’avait plus un seul élève de langue maternelle allemande. Les cas se sont multipliés depuis.

Le voile est un marqueur identitaire

Dans une immigration à la recherche d’identité et qui s’est fortement réislamisée, le voile n’a pas qu’une signification religieuse. Il est aussi un marqueur identitaire et culturel. Un geste politique pour affirmer la présence de l’islam dans l’espace public. Une réaction aux valeurs occidentales jugées décadentes. Ce qui, à tort ou à raison, est considéré comme une provocation.

Certes, et les Jeunes socialistes ou les opposants à l’initiative de la droite nationaliste ont raison, le niqab ou la burqa ne sont portés que par une infime minorité de musulmanes. Cela ne justifie pas un article constitutionnel. La question n’est pas la burqa, mais la place de l’islam dans l’espace public.

Une vision communautariste des droits de l’homme

Or la version radicale de l’islam, venue de la péninsule Arabique, s’est largement imposée aux minorités plus tolérantes, africaines, balkaniques ou alévies. La gauche multiculturaliste et naïve ferait donc bien de lire Tariq Ramadan pour qui l’islam n’est pas une religion comme les autres, mais se définit par son caractère englobant, social, politique et culturel. Il ne s’agit pas uniquement du statut de la femme, mais aussi d’une vision communautariste des droits de l’homme, de la conception de la personne et du rapport entre pouvoir et religions.

Comment dès lors, sans se renier, cette gauche qui se voulait l’héritière des Lumières et des grands principes de la Révolution française pourra-t-elle s’accommoder, au nom de la tolérance, d’une conception communautariste de la société? Les musulmans ont droit à toute leur place ici, mais il leur appartient de dire comment ils concilient eux-mêmes leur pratique d’un islam authentique avec nos valeurs d’égalité et de liberté. Et notre défi sera de déterminer comment intégrer l’islam dans une Europe aux racines chrétiennes.


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