Vu de loin, la Chine en quarantaine, la tête d’Emmanuel Macron au bout d’une pique et l’urgence climatique n’ont pas grand-chose en commun, si ce n’est la concomitance. C’est donc qu’il faut y regarder d’un peu plus près. Suivez-moi.

En Chine, des dizaines de millions de gens placés en quarantaine pour éviter la pandémie. Des hôpitaux que l’on construit en dix jours, et un pays entier bientôt coupé du monde. A la manœuvre, pour le meilleur ou pour le pire et pour le dire poliment, un régime autoritaire, bien résolu à démontrer urbi et orbi les vertus de la gouvernance à la baguette. Surtout quand vient l’orage viral.

Le président en Louis XVI

A Paris, la tête en carton-pâte du président, promenée au bout d’une pique par des manifestants, le 24 janvier au soir. Dans la foulée de ce slogan, entonné par les «gilets jaunes»: «Louis XVI, Louis XVI, on l’a décapité, Macron, Macron, on peut recommencer.» Un cri opportunément repris, retweeté et légitimé par tous ceux pour qui Paris vaut bien une tête.

Et puis partout, le réchauffement climatique. Celui qui fait monter les eaux, brûler les forêts et migrer les hommes. Et qui, parce qu’il est avéré, vaudrait bien, lui aussi, que l’on s’assoie sur quelques principes. Reformulé par le Tribunal de police de Lausanne siégeant à Renens: «Le temps politique, lent de par sa nature démocratique, n’est plus compatible avec l’urgence climatique avérée» [sic].

La fin, et les moyens

Sanitaire, sociale ou climatique, les urgences s’imposent. Et voilà qu’apparaît le point commun que l’on ne voyait pas de loin: la fin justifierait les moyens. Tout est bon pour nous sauver, collectivement et pour de bon. Tout. Quitte à nier ce que nous sommes patiemment devenus.

Surgit alors une question vaguement vertigineuse et à tiroirs: nous sauver, d’accord, mais pourquoi? Que voulons-nous sauver? Qu’est-ce qui vaut la peine d’être sauvé? Qui sommes-nous?

Une fois sortis de la caverne…

Ces questions méritent peut-être réponses avant l’opération sauve-qui-peut, fût-ce en deux paragraphes. Je me lance, vous suivrez ou vous ne suivrez pas. S’il y a quelque chose à sauver, c’est ce que nous avons été capables de faire depuis que nous sommes sortis de la caverne, il y a bien longtemps.

Nous avons inventé les droits, le droit et l’Etat qui va avec. Nous avons inventé la concertation, pour inventer la paix. Nous avons inventé la tolérance, la différence heureuse, le pluralisme. Nous avons opposé la démocratie et sa lenteur à l’obscurantisme et son efficacité. Nous avons échappé à un destin de ténèbres.

Renonçons à tout cela pour nous sauver, et nous n’aurons rien sauvé du tout.


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Vouloir douter de tout, c’est ne douter de rien