L'acquittement, faute de preuves, du policier Paul Grossrieder le 4 juillet dernier n'a pas dissipé le climat de discorde et de méfiance qui règne au sein de la police, de la justice, et de l'administration politique de Fribourg. Il n'a pas mis un terme non plus aux affaires qui secouent ce canton depuis plusieurs années.

Depuis 1997 Fribourg est au centre d'une vaste enquête internationale qui a jusqu'ici été menée dans le plus grand secret. Ce dossier, dit de la «Mafia russe», paraît être en réalité le véritable contexte de «l'affaire Grossrieder»: son contenu, que nous avons tenté de reconstituer, explique sans doute une partie des mésententes, des rivalités, des soupçons, des dénonciations, et des cabales qui ont marqué ces derniers mois la vie policière et judiciaire fribourgeoise. Il demeure en tout cas une des pièces essentielles à la compréhension des événements qui agitent Fribourg.

Les enjeux de cette affaire sont sensibles, il est vrai. Les enquêteurs spécialisés dans la lutte contre le crime organisé sont convaincus que Fribourg est un terrain privilégié pour les groupes mafieux, et que ce dossier en est une illustration. Jusqu'ici pourtant l'enquête n'a jamais abouti à des condamnations pénales, et officiellement, elle n'est d'ailleurs toujours pas close. Son déroulement a mis en cause quelques célébrités de la vie sportive et économique fribourgeoise et elle reste aujourd'hui encore entachée de plusieurs épisodes mystérieux ou sanglants. Mais après les errements du procès Grossrieder, et dans le climat pourri qui règne depuis lors, personne, parmi les magistrats ou les policiers, ne semble plus croire à la poursuite sereine et efficace d'une enquête de ce type à Fribourg. Les magistrats instructeurs sont échaudés par le sort de leur collègue Lamon, la police est divisée et certains de ses membres sont entachés de soupçons. Quant au gouvernement, il apparaît totalement dépassé par les événements.

Et les questions soulevées par ces multiples affaires dépassent de loin des rivalités personnelles ou partisanes. Il ne s'agit ni plus ni moins que du bon fonctionnement de la justice et de celui des institutions fribourgeoises tout entières.

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