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Chantier d'une maison en construction. Valais, 2015.
© LAURENT GILLIERON

Ma semaine suisse

Le cache-sexe des bétonneurs

OPINION. Le galvaudage du sol se poursuit, malgré la loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT) acceptée par le peuple en 2013, constate notre chroniqueur Yves Petignat. La faute au manque de courage et de volonté politiques des cantons et des communes

Chaque seconde, l’agriculture perd un mètre carré. Cela représente environ douze terrains de football par jour, le terrain de football étant la nouvelle mesure médiatique de superficie. En vingt-cinq ans, c’est l’équivalent de la superficie du canton de Neuchâtel qui a été bétonné. Le galvaudage du sol se poursuit, malgré la loi fédérale sur l’aménagement du territoire (LAT) acceptée par le peuple en 2013. La faute au manque de courage et de volonté politiques des cantons et des communes. Au nom du fédéralisme, cantons et communes s’opposent au renforcement des compétences de la Confédération. Le fédéralisme est devenu le cache-sexe des bâtisseurs et des intérêts particuliers, estime ainsi l’ancien conseiller national René Longet (DP 2208).

Culture d’irresponsabilité

Le fédéralisme et surtout un défaut fatal de conception ont justifié le net rejet de l’initiative des Jeunes Verts, «Stopper le mitage – pour un développement durable du milieu bâti» par les Chambres fédérales durant cette session. Le texte repose sur une double stratégie: promouvoir des formes d’habitat et de travail durables dans des structures de petite taille (écoquartiers) et, d’autre part, conditionner la création de nouvelles zones à bâtir au retour d’une superficie équivalente en zone agricole. Une idée généreuse mais un texte trop rigide. La seule densification des villes ne suffira pas à loger les 2 millions d’habitants supplémentaires auxquels la Suisse s’attend dans une trentaine d’années. Ainsi, le gel des zones à bâtir, sans tenir compte des particularités des cantons et des communes, favoriserait indûment les collectivités qui disposent de surfaces surdimensionnées, au détriment de celles qui font un usage mesuré du sol. Le Jura ou le Valais, où les zones pavillonnaires, régulièrement sous-occupées, poussent comme des champignons, seraient privilégiés face à Vaud et à Genève, qui font de gros efforts de densification.

Le rôle de la Confédération dans l’aménagement du territoire va encore se renforcer

Malgré les réticences des cantons, qui au nom de leur autonomie s’étaient déjà opposés aux modalités de mise en œuvre de la LAT en 2013, le rôle de la Confédération dans l’aménagement du territoire va encore se renforcer. La deuxième partie de la révision de la LAT concernant les surfaces hors zones à bâtir, notamment les terres agricoles que les cantons devront impérativement protéger, sera soumise aux députés ces prochains mois, a promis Doris Leuthard. Cela va dans le sens des préoccupations de la population qui, avec l’initiative de Franz Weber sur les résidences secondaires, a exprimé une forte inquiétude face au grignotage du sol et des paysages. Même si «le fédéralisme n’est pas directement responsable de l’étalement urbain», selon une étude du juriste Rudolf Muggli publiée en 2014, une culture d’irresponsabilité s’est développée en raison des trous juridiques entre cantons et communes. Trop de subventions, cantonales notamment, favorisent également l’étalement.

Tentation d’un «petit Monaco»

Lors d’un discours tenu en 2012 à Lucerne, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga avait déjà mis en garde contre la tentation de transformer une partie de la Suisse en un «petit Monaco» réservé aux riches. «Ce n’est pas l’espace qui manque, c’est la volonté politique de ne pas laisser les lois du marché décider seules de l’équilibre du pays», avait-elle prévenu, laissant entrevoir la tentation du pouvoir fédéral de restreindre la souveraineté absolue dont quelques cantons ont fait un mauvais usage.

Lire également: L’aménagement du territoire, une aubaine pour la biodiversité?

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