Revue de presse

La cacophonie Trump-Mnuchin met le marché des changes en ébullition

Au Forum de Davos, le secrétaire d’Etat américain a milité en faveur d’un dollar faible mercredi. Le président Trump a rectifié le tir en disant exactement le contraire le lendemain. Horrifiée, la Banque centrale européenne y a vu le début d’une «guerre des changes»

Un jour, c’est comme ça, et le lendemain, c’est le contraire. Au Forum économique de Davos ce jeudi, Donald Trump a remis à l’équerre, sur la chaîne CNBC, la politique américaine sur le dollar en affirmant que celle-ci visait à une devise forte. Ce, alors que le billet vert s’était mis à dégringoler mercredi – notamment face à l’euro, à $ 1,2537 – après les sidérantes déclarations de son secrétaire d’Etat au Trésor, Steven Mnuchin – également dans les Grisons – affirmant crûment qu’un «dollar plus faible» était «bon» pour les Etats-Unis. Bon puisqu’il «favorisait le commerce des entreprises exportatrices». Contre-pied, donc, qui a immédiatement enrayé la chute de la devise états-unienne, telle «une balle rebondissante», selon l’expression du magazine Fortune.

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«Comme souvent avec Trump, nul ne sait vraiment à quoi s’attendre», rappelle le Wall Street Journal s’il en était encore besoin – et maintenant, «ça part un peu dans tous les sens». Ce qui «est difficile à suivre pour les cambistes», commente Mazen Issa, un spécialiste de chez TD Securities. «Les propos du président servent probablement d’excuse au marché pour ralentir la progression de l’euro, en pleine forme depuis le début de l’année», souligne-t-il, mais «les commentaires de Trump ont certainement pris tout le monde de court»: «En deux jours, Washington a réussi à mettre le marché des changes en ébullition», écrivent Les Echos.

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Mais la riposte a été rapide, notamment sous la plume de Ray Dalio, fondateur du hedge fund Bridgewater, qui s’est exprimé sur LinkedIn pour rappeler quelques théories basiques sur les conséquences d’un dollar faible pour les Américains. L’économiste Lawrence Summers s’est pour sa part fendu d’une tribune dans le Washington Post pour tirer sur un Mnuchin «manquant à la fois de style et de substance». Sans compter qu’une telle cacophonie est le meilleur moyen pour couler un programme tel qu'«America First» que la Maison-Blanche entend défendre ce vendredi à Davos, s’inquiète l’agence Bloomberg:

Après une vive réaction des investisseurs aux remarques contradictoires des responsables américains, le président de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi, a fustigé la «vision» de Mnuchin «en faveur du dollar faible, accusant à mots à peine couverts» les Etats-Unis «de se livrer à la guerre des changes». Sans jamais le citer, mais en faisant clairement référence au secrétaire américain au Trésor, il a vilipendé «la communication» de cette «autre personne» qui «ne se conforme pas aux termes convenus» depuis «des décennies» entre partenaires internationaux. Parfaitement dans la ligne d’une BCE qui «est traditionnellement opposée à toute initiative politique cherchant à faire évoluer artificiellement le taux de change par intérêt économique», explique LaTribune.fr.

«Comme un mystère»…

Les cambistes s’attendaient apparemment à des propos beaucoup plus agressifs du chef de la politique monétaire européenne, avant que les mots de Trump ne viennent mettre le holà. N’empêche: le fait que le billet vert ne cesse de s’affaiblir depuis un an apparaît à certains «comme un mystère», reconnaît Gaurav Saroliya, d’Oxford Economics. Les évolutions actuelles sur le marché des changes reflètent à ses yeux les tendances macroéconomiques à l’œuvre, avec notamment une croissance plus marquée actuellement dans la zone euro qu’aux Etats-Unis.

Quoi qu’il en soit, la péripétie montre une fois de plus le manque de maîtrise et de compétence dans la communication de l’administration Trump. Le peu de clarté expressive du président est symptomatique de ce malaise. Il suffit pour cela de lire (et de relire, mais en vain, hélas) une phrase si confuse qu’on pourrait la croire amphigourique, publiée notamment dans Le FigaroDonald Trump a dit que les propos de Steven Mnuchin avaient été «pris hors contexte». Puis: «Je vous dis où je me situe, ce qui finalement est très important. Je n’aime pas en parler parce que, franchement, personne ne devrait en parler. Cela devrait être ce que ça devrait et être basé sur la force du pays…»

Et puis arriva Wilbur Ross…

Ce, sans compter le troisième larron de l’affaire, le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross, qui a démenti que son collègue «soit partisan d’un dollar affaibli», explique Challenges.fr. Interrogé par la chaîne CNBC sur «le risque de conflits commerciaux», il aurait tout aussi bien pu lancer cette tarte à la crème à la figure de Mario Draghi: «Cela fait un petit moment que la guerre commerciale est en place; la seule différence, c’est qu’à présent les Etats-Unis montent au créneau.»

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