Commerce

Le cadeau de Donald Trump à Pékin, malgré lui

Le nouveau président a officialisé le retrait des Etats-Unis du Partenariat transatlantique, une zone de libre-échange de douze pays. La Chine s’apprête à remplir le vide

Le nouveau président américain ne vient-il pas de se tirer une balle dans le pied, voire deux? Lundi soir, Donald Trump a signé l’acte de retrait des Etats-Unis du Partenariat transpacifique, plus connu sous l’acronyme TPP. Signé en 2015 après de longues années de négociations et en attente de ratification par le Congrès, ce traité réunit douze pays dans une zone de libre-échange, représentant 40% de l’économie mondiale. Ce retrait, a dit Donald Trump, est bon pour le travailleur américain. Dans son viseur, la Chine, responsable de la destruction des usines et des emplois aux Etats-Unis.

Lire aussi:  La Chine prête à la confrontation avec Donald Trump

Certes, Donald Trump a réussi à détricoter un projet qui tenait à coeur à Barack Obama. En ouvrant le chantier du TPP, ce dernier avait deux objectifs déclarés. Primo, écrire les nouvelles règles du commerce et les imposer au reste du monde. Plus qu’un accord de libre-échange, ce traité tient compte des préoccupations sociales et environnementales dans les échanges internationaux. Les négociations de l’Accord de libre-échange transatlantique (TTIP) qui sont actuellement rangées au frigo, participaient aussi à cette même démarche. En reniant le TPP, les Etats-Unis de Donald Trump abdiquent donc ce rôle de leadership.

C’est raté d’avance

Secondo, en négociant le TPP, Barack Obama avait sciemment voulu isoler la puissance industrielle et commerciale chinoise de ses voisins d’Asie-Pacifique. Si le retrait du TPP vise à faire revenir les emplois américains de Chine, voire d’Asie, c’est raté d’avance. Car en sortant de ce traité, Donald Trump lui déroule paradoxalement le tapis rouge. En réponse au TPP, Pékin avait déjà lancé deux initiatives régionales: le Partenariat économique intégral régional (RCEP) et la Zone de libre-échange trans-pacifique (FTAAP). Celles-ci ont désormais la voie libre.

La Chine a également contre-attaqué en créant la Banque asiatique d’investissements dans les infrastructures (BAII) dans le but de concurrencer le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et la Banque asiatique de développement. Ce projet tient toutes ses promesses. Malgré l’injonction américaine, de nombreux pays européens, y compris la Suisse, en sont actionnaires.

Dès lundi soir, plusieurs pays dont l’Australie ont invité ouvertement Pékin à prendre la place laissée vacante par les Etats-Unis au sein du TPP, à l’exception du Japon qui, pour des raisons historiques, hésite à lui ouvrir la porte. Le régime chinois ne se fera pas prier pour promouvoir ses intérêts. Le calendrier est déjà fixé: la Chine participera à une réunion mi-mars au Chili prévue pour évaluer les conséquences du retrait américain du traité. Une occasion en or pour Pékin de prendre le leadership dans le commerce mondial.

Publicité