Genève, Café des Tulipiers, chemin Frisco. Ciel gris, temps infâme. Un premier client, dont je sais qu’il se prépare à devenir un fringant senior, entre dans le café, et m’en commande justement un. Puis, il surenchérit: «Il n’y a personne ici… c’est à cause du coronavirus?» Il a un petit sourire aux lèvres. Il fait mine de plaisanter, mais je vois bien qu’au fond il rit jaune… Nous sommes lundi, il est 8 heures: les rideaux fraîchement levés, la semaine commence et, avec elle, l’inquiétude grandissante de chacun d’être infecté par ce foutu machin. Je réponds à mon client qu’il est tôt et que ce manque d’activité est sûrement dû aux vacances scolaires. Je tente de le rassurer.

Mon client n’est plus revenu

A moins que…? Ne serait-ce pas moi que je tente de rassurer? Sait-on jamais? Avec lui, je m’épanche, je répète ce que tout le monde dit, comment le virus court les rues et à quel point je me suis appliquée à suivre toutes les recommandations. En bon petit soldat dans ce qui s’avère être une nouvelle guerre, je me suis tenue le plus possible à l’écart des gens dans les transports en commun, j’ai acheté une solution hydroalcoolique, et j’ai remonté ma veste sur mes yeux lorsque la dame à côté de moi à la boulangerie a toussoté sur les croissants. Je me suis désinfecté les mains dix fois en l’espace de quinze minutes lorsque j’ai été faire les courses, j’ai décidé de ne pas emmener mon cher enfant à une fête à laquelle j’avais prévu de nous rendre… Suis-je convaincante? Non, il n’a pas l’air de me prendre au sérieux. Il dit qu’il va se contenter d’un café, précisant qu’il en attendait davantage de moi dans mon rôle d’infirmière (il n’a pas vu que je jouais au soldat).