Selon l’association faîtière des caisses maladie Santésuisse, les coûts de la santé ont augmenté de 1,25% en 2020. En soi, c’est une bonne nouvelle. La Suisse traverse la pire crise sanitaire et économique depuis un siècle, et elle s’en sort sans que son système de santé explose financièrement. C’est rassurant.

Pourtant, on ne peut guère s’en réjouir. Un an après le début de la pandémie, les gens continuent à souffrir: physiquement, psychiquement et économiquement. Des centaines de milliers de personnes ont subi un chômage partiel durant lequel ils ont souvent perdu une partie substantielle de leur salaire.

Notre enquête: Entre hôpitaux et assureurs, une guerre des chiffres à l'heure de la pandémie 

Les assureurs, eux, vont bien

Pendant ce temps, les assureurs maladie se portent comme des charmes. Une bonne partie d’entre eux s’apprêtent à boucler un exercice excédentaire, cela grâce à une bonne année boursière, il est vrai. Cela permettra d’augmenter encore leurs réserves, qui culminent déjà à une hauteur vertigineuse de plus de 11 milliards de francs alors que le minimum légal se situe à environ 5 milliards.

Ce n’est pas cela qui est choquant. Plusieurs initiatives ont été lancées pour remédier à cette situation. Le ministre de la Santé Alain Berset a, dans le pipeline, le projet d’abaisser le taux de solvabilité de 150% à 100%, à partir duquel les caisses pourront utiliser leurs réserves pour juguler la croissance des primes. Mais cette proposition divise les caisses. En revanche, une initiative parlementaire de Philippe Nantermod (PLR/VS) a plus de chances d’aboutir. Elle demande une redistribution immédiate des excédents aux assurés, soit l’année suivante.

Des surcoûts seulement pris en charge par les cantons

Ce qui est plus choquant, c’est la pusillanimité dont les assureurs font preuve pour contribuer à amortir le choc de la crise. Les médecins ne peuvent recevoir que 15 francs – le prix accordé aux centres de vaccination cantonaux – pour administrer une dose de vaccin dans leur cabinet, un tarif que même un plombier n’accepterait pas. Pour leur part, les hôpitaux ont des surcoûts que jusqu’à présent seuls les cantons ont couverts. Les caisses doivent y contribuer. L’esprit de la loi sur l’assurance maladie (LAMal) est imprégné de solidarité à tous les échelons: entre valides et malades, entre générations et aussi entre les divers acteurs de la santé.

Les assureurs ont toujours souligné que des réserves élevées permettaient de mieux maîtriser une situation exceptionnelle. L’heure a sonné pour eux de passer de la parole aux actes.

Les Opinions publiées par Le Temps sont issues de personnalités qui s’expriment en leur nom propre. Elles ne représentent nullement la position du Temps.