«Le centre, en politique, n’est jamais plus large que le fil d’un couteau.» L’ancien ministre et conseiller national François Lachat a toujours eu le sens de la formule. D’abord pour analyser les défaites de son parti, le PDC. Dimanche, la perte du deuxième siège démocrate-chrétien au gouvernement jurassien au profit de la gauche a provoqué un petit séisme politique. A l’image de ce qui s’est passé l’automne dernier dans le canton de Fribourg où le PDC n’est pas parvenu à conserver son siège au Conseil des Etats. Deux défaites dans les anciens bastions que l’on croyait hier encore imprenables. Et cela, au moment où, face à l’érosion de son électorat, le PDC suisse s’interroge sur son identité et sur la pertinence de son appellation de «chrétien».

La perte du narratif

Pilier de la création du canton du Jura, il y a quarante ans, longtemps majoritaire incontesté, le PDC jurassien a certes payé cher les divisions internes et les rancœurs que nourrissent quelques anciens caciques et mêmes ex-ministres. Mais ses dirigeants auraient tort de s’arrêter à cette analyse paresseuse et trop commode. Le canton du Jura n’échappe pas aux grands courants qui traversent les sociétés, suisse et européenne. Une profonde transformation de la population jurassienne, d’une part, et la fracture ou, pour reprendre l’expression du professeur Gilbert Casasus, «l’implosion de la classe moyenne», d’autre part. Troisième raison: ce que l’on appelle dans le jargon contemporain la perte du narratif. Comme la social-démocratie européenne, la démocratie chrétienne ne parvient plus à articuler un discours adapté à la société actuelle.